{"id":404,"date":"2014-11-09T22:51:38","date_gmt":"2014-11-09T20:51:38","guid":{"rendered":"http:\/\/www.memoiresecondaire.fr\/?p=404"},"modified":"2014-11-09T22:51:38","modified_gmt":"2014-11-09T20:51:38","slug":"les-memoires-dun-estudiant-botanica-vol-1-1","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.memoiresecondaire.fr\/?p=404","title":{"rendered":"Les m\u00e9moires d&rsquo;un estudiant botanica Vol.1 &#8211; #1"},"content":{"rendered":"<p>Il y a quelques ann\u00e9es je m&rsquo;\u00e9tais lanc\u00e9 avec quelques amis dans une campagne de Warhammer, un jeu de r\u00f4le germano-gothique d\u00e9peignant une Europe en pleine d\u00e9liquescence, assaillie de toute part par les forces du Chaos personnifi\u00e9 par des arm\u00e9es de d\u00e9mons parcourant les campagnes et de sombres cultes oeuvrant dans les cit\u00e9s d\u00e9cadentes. Le sc\u00e9nario \u00e9tant plut\u00f4t sympa, j&rsquo;ai d\u00e9cid\u00e9 d&rsquo;en faire les comptes-rendus sont une forme novelis\u00e9e. J&rsquo;ai aussi saisi l&rsquo;occasion pour m&rsquo;entra\u00eener aux descriptions et \u00e0 l&rsquo;agencement des sc\u00e8nes.<\/p>\n<p>Bas\u00e9 sur une histoire existante, le texte suivant (en plusieurs parties) peut parfois \u00eatre abscons pour les non pratiquants de jeu de r\u00f4le, ou de Warhammer en particulier, m\u00eame si j&rsquo;ai essay\u00e9 de d\u00e9tailler certaines parties pour le clarifier.<\/p>\n<hr \/>\n<h3>1\u00a0&#8211; Ordalie<\/h3>\n<p>J\u2019\u00e9cris ce document alors que je suis encore en vie, Sigmar sait pour encore combien de temps. Rien ne pouvait me pr\u00e9parer \u00e0 ce que j\u2019ai vu. L\u2019odeur de l\u2019encre et le bruissement du papier sont les seuls alli\u00e9s de ma sant\u00e9 mentale bient\u00f4t d\u00e9faillante. Ce journal sera la preuve que les histoires de nos campagnes sont parfois bien plus r\u00e9elles qu\u2019on ne veut bien le croire. Les anciens avaient raisons. Le Chaos est parmi nous.<\/p>\n<p>Je me nomme Ottavio Porsova et je suis, enfin j\u2019\u00e9tais, \u00e9tudiant \u00e0 l\u2019universit\u00e9 de Nuln dans laquelle mes parents m\u2019avait plac\u00e9 malgr\u00e9 moi. Insouciant, je vivais la vie classique de la jeunesse dor\u00e9e du Reichburg. La nuit de la cit\u00e9 n\u2019avait aucun secret pour moi. Je m\u2019amusais, dilapidant sans compter les richesses familiales. Mes professeurs me disaient plut\u00f4t intelligent et tr\u00e8s observateur, toujours \u00e0 trouver le d\u00e9tail et \u00e0 en profiter, mais cultivant l\u2019ennui et la fain\u00e9antise \u00e0 des niveaux rarement atteints. Il est vrai que je prenais un malin plaisir \u00e0 faire tourner mes enseignants, et mes parents, en bourrique d\u00e8s que je le pouvais et qu\u2019ils me rendaient bien volontiers la pareille.<\/p>\n<p>La seule personne qui trouvait gr\u00e2ce \u00e0 mes yeux \u00e9tait mon grand-p\u00e8re. Ce vieil homme avait une jambe de bois, un \u0153il qui s\u2019ouvrait mal et une audition capricieuse mais, je ne sais pourquoi, nous nous comprenions parfaitement. J\u2019aimais passer du temps \u00e0 \u00e9couter ses histoires de bataille. Il avait une mani\u00e8re bien \u00e0 lui de mettre en sc\u00e8ne ses r\u00e9cits, gesticulant et vocif\u00e9rant, m\u2019impliquant \u00e0 ses c\u00f4t\u00e9s, me confiant parfois des r\u00f4les que je tenais le plus s\u00e9rieusement possible.<\/p>\n<p>Puis un jour, je fis l\u2019erreur de trop. Mes parents, d\u2019ordinaire compr\u00e9hensifs, d\u00e9cid\u00e8rent d\u2019organiser pour moi un semestre \u00e0 la campagne du c\u00f4t\u00e9 d\u2019Ubersreik, une ville fortifi\u00e9e du Reikland. Officiellement il s\u2019agissait d\u2019apprendre la botanique sur le terrain, mais je crois plut\u00f4t qu\u2019ils cherchaient \u00e0 me punir.<\/p>\n<p>Le maistre d\u2019estude que je devais rencontrer \u00e9tait le p\u00e8re Akney, un v\u00e9n\u00e9rable pr\u00eatre officiant dans un village pittoresque de quelques dizaines d\u2019habitants. La vie rurale et le bon air pur. La r\u00e9alit\u00e9 fut tout autre.<\/p>\n<p>Quelques heures avant d\u2019arriver au village, ma caravane fut attaqu\u00e9e par des bandits de grands chemins qui me prirent toutes mes affaires. Ils d\u00e9chir\u00e8rent mes v\u00eatements, m\u2019enlev\u00e8rent la cassette de mon oncle avec mes bijoux, m\u00eame les vins fins que j\u2019avais emport\u00e9s pour faire ami-ami avec les autochtones furent renvers\u00e9s et bus au goulot par ces rustres. Battu, ayant subis les outrages de ces malandrins, c\u2019est faible et \u00e9puis\u00e9 que j\u2019arrivais enfin \u00e0 destination.<\/p>\n<p>Mon apparence d\u00fb jouer contre moi car les paysans du cru, s\u2019\u00e9tant m\u00e9pris sur mes intentions et voyant en moi un vagabond voleur de pomme me battirent de nouveau. Je mis quelques douloureuses minutes \u00e0 dissiper le malentendu, sauv\u00e9 de justesse par le p\u00e8re Akney. Gr\u00e2ce lui en soit rendue, il s\u2019occupa bien de moi.<\/p>\n<p><a href=\"http:\/\/www.memoiresecondaire.fr\/wp-content\/uploads\/2014\/11\/Village.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignright wp-image-405 size-medium\" src=\"http:\/\/www.memoiresecondaire.fr\/wp-content\/uploads\/2014\/11\/Village-300x200.jpg\" alt=\"Village\" width=\"300\" height=\"200\" srcset=\"https:\/\/www.memoiresecondaire.fr\/wp-content\/uploads\/2014\/11\/Village-300x200.jpg 300w, https:\/\/www.memoiresecondaire.fr\/wp-content\/uploads\/2014\/11\/Village.jpg 600w\" sizes=\"auto, (max-width: 300px) 100vw, 300px\" \/><\/a>Au d\u00e9but, l\u2019apprentissage fut un peu douloureux. Mon \u00e9ducation ne m\u2019avait pas pr\u00e9par\u00e9 \u00e0 cela. Jamais, jusqu\u2019\u00e0 ce jour en tout cas, je n\u2019avais eu \u00e0 me servir de mes mains pour travailler.<\/p>\n<ul>\n<li>Si tu veux manger, tu dois le m\u00e9riter, me dit-il d\u00e8s que mes blessures furent soign\u00e9es. Maintenant tu prends le balai et tu me nettoie tout \u00e7a, compris\u00a0?<\/li>\n<\/ul>\n<p>Ce n\u2019\u00e9tait pas une question.<\/p>\n<p>Je pris le manche qu\u2019il me tendait et m\u2019ex\u00e9cutai de mauvaise gr\u00e2ce.<\/p>\n<p>Une fois le temple balay\u00e9, il me demanda de ranger les affaires. Puis de d\u00e9placer le tas de bois, puis de prendre la hache et de couper des buches. J\u2019\u00e9tais \u00e9puis\u00e9. Je d\u00e9goulinais de sueur. La vieille robe de bure qu\u2019il m\u2019avait donn\u00e9 sentait le rance. Et l\u2019alcool.<\/p>\n<p>J\u2019\u00e9tais l\u00e0 depuis deux jours et d\u00e9j\u00e0 des cloques se formaient sur mes mains fines. Des mains de musicien, me disait ma m\u00e8re.<\/p>\n<p>Pendant ce temps, mon maitre s\u2019entrainait. Dr\u00f4le de pr\u00eatre, pensais-je un jour alors qu\u2019il venait de soulever d\u2019\u00e9normes poids pendant une heure. Il courait, sautait, maniait la hache comme un guerrier.<\/p>\n<p>Je n\u2019avais jamais imagin\u00e9 qu\u2019un pr\u00eatre puisse s\u2019entrainer physiquement comme lui. Parfois je l\u2019observais en cachette, fascin\u00e9 par son corps huil\u00e9 par la transpiration, brillant sous les reflets de la lampe projetant une lumi\u00e8re tremblotante dans sa cahute, ses muscles roulant sous sa peau parchemin\u00e9e.<\/p>\n<p>C\u2019est un soir, alors que j\u2019\u00e9tais en train de lire \u00e0 la lueur d\u2019une bougie dans la chambre qu\u2019il m\u2019avait donn\u00e9 dans l\u2019\u00e9table, qu\u2019il vint me transmettre une partie de sa sagesse.<\/p>\n<p>Posant rudement sa main sur mon \u00e9paule, me maintenant fermement comme il l\u2019avait d\u00e9j\u00e0 fait de nombreuses fois, mon maitre me parla de la vie et des choses de la campagne. Je n\u2019eus pas le temps d\u2019en savoir plus qu\u2019un hurlement guttural se fit entendre. C\u2019\u00e9tait un cri de b\u00eate sauvage, comme si un cerf en rut se faisait d\u00e9chirer la gorge. Ce son me terrifia.<\/p>\n<p>Mon maitre se releva d\u2019un bond et fon\u00e7a au dehors en saisissant la hache pos\u00e9e sur le tas de rondins et un petit bouclier pos\u00e9 juste \u00e0 c\u00f4t\u00e9. Tremblant de tous mes membres, j\u2019attrapai un vieux fl\u00e9au dont il manquait la t\u00eate puis sortis sur la place du village.<\/p>\n<p>A l\u2019or\u00e9e du bois, quelques dizaines de m\u00e8tres \u00e0 peine apr\u00e8s le pont qui s\u00e9paraient la place des premiers arbres, se trouvait une horde de monstres abominables. Ils \u00e9taient des dizaines, portant des torches et des armes rouill\u00e9es et couvertes de sang s\u00e9ch\u00e9. D\u2019ignobles cornes tordues pointaient sur leurs cr\u00e2nes d\u00e9form\u00e9s, comme pos\u00e9es maladroitement sur des corps couverts de pus et de cicatrices. Leurs postures singeaient celles d\u2019un \u00eatre humain. Certains \u00e9voluaient accroupis, d\u2019autres debout sur des jambes de bouc.<\/p>\n<p>Mes yeux s\u2019\u00e9carquillaient de terreur pure. Une terrible odeur de pourriture \u00e9manait de ces cr\u00e9atures, provoquant en moi une horrible naus\u00e9e.<\/p>\n<p><a href=\"http:\/\/www.memoiresecondaire.fr\/wp-content\/uploads\/2014\/11\/Homme-b\u00eate.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignleft wp-image-406 size-medium\" src=\"http:\/\/www.memoiresecondaire.fr\/wp-content\/uploads\/2014\/11\/Homme-b\u00eate-255x300.jpg\" alt=\"Homme-b\u00eate\" width=\"255\" height=\"300\" srcset=\"https:\/\/www.memoiresecondaire.fr\/wp-content\/uploads\/2014\/11\/Homme-b\u00eate-255x300.jpg 255w, https:\/\/www.memoiresecondaire.fr\/wp-content\/uploads\/2014\/11\/Homme-b\u00eate.jpg 352w\" sizes=\"auto, (max-width: 255px) 100vw, 255px\" \/><\/a>C\u2019est alors qu\u2019ils charg\u00e8rent.<\/p>\n<p>Le courage du p\u00e8re Akney, et sa grosse main m\u2019attrapant par le col, me remirent les id\u00e9es en place. Il fallait prot\u00e9ger les gens du village. Nous ouvr\u00eemes les portes du temple, le seul b\u00e2timent d\u00e9fendable, pour recueillir les habitants. Les hommes les plus t\u00e9m\u00e9raires prirent des armes de fortune et se barricad\u00e8rent l\u00e0 o\u00f9 ils le pouvaient. Nous referm\u00e2mes la double-porte et attendirent en silence, tentant de calmer nos c\u0153urs qui battaient \u00e0 tout rompre. Mon cerveau allait exploser. Une veine pulsait douloureusement sur mon front.<\/p>\n<p>Au dehors les cris \u00e9taient atroces. Les monstres avaient d\u00fb attraper quelques malheureux retardataires. Je priai M\u00f2rr pour le salut de leurs \u00e2mes tandis que j\u2019entendais les corps d\u00e9chiquet\u00e9s et les os broy\u00e9s derri\u00e8re les vitraux sales de l\u2019\u00e9glise.<\/p>\n<p>Puis vint le feu. Ces cr\u00e9atures \u00e9taient plus intelligente que je ne le pensais. Le toit mal entretenu s\u2019embrasait, la chaleur montait mais pire que tout une fum\u00e9e \u00e2cre se d\u00e9gageait des multiples foyers.<\/p>\n<p>Nous n\u2019avions d\u2019autre solution que de fuir cet abri.<\/p>\n<p>La plupart des monstres \u00e9taient occup\u00e9s \u00e0 d\u00e9foncer les portes et \u00e0 fouiller les maisons. Par chance, aucun ne nous attendait \u00e0 la sortie. Nous ouvr\u00eemes les portes et tent\u00e2mes de courir le long des berges de la rivi\u00e8re proche.<\/p>\n<p>Une femme, plus aguerrie que les autres, nous guidait vers un bateau qui \u00e9tait attach\u00e9 non loin.<\/p>\n<p>Alors que nous progressions, un petit groupe de cr\u00e9atures surgit devant nous. De pr\u00e8s l\u2019odeur \u00e9tait \u00e9pouvantable, un m\u00e9lange d\u2019effluves corporels puissants sous un vernis d\u2019humus et de pourriture. Ils \u00e9taient une dizaine. Nous \u00e9tions autant mais peu d\u2019entre nous avait l\u2019air de vouloir se battre. La femme qui nous emmenait d\u00e9gaina une fine \u00e9p\u00e9e et engagea le combat. Elle parait, reculait et plongeaient avec efficacit\u00e9. Les hommes du village \u00e9taient plus agressifs, plus maladroits aussi. Mon maitre faisait des moulinets d\u00e9vastateurs avec sa hache, repoussant plusieurs cr\u00e9atures sous ses assauts. Son regard \u00e9tait comme celui d\u2019un fou. Il ne se souciait nullement d\u2019\u00eatre bless\u00e9, n\u2019utilisant que parcimonieusement son petit bouclier de bois et ne se reposant que sur son tablier de travail en cuir qui le prot\u00e9geait heureusement fort bien des griffures, morsures et coups d\u2019\u00e9p\u00e9es rouill\u00e9es que les monstres s\u2019acharnaient \u00e0 lui porter.<\/p>\n<p>Quant \u00e0 moi, j\u2019aidais les familles \u00e0 se mettre \u00e0 l\u2019abri mais les perdis de vue rapidement. Attaqu\u00e9 \u00e0 mon tour, je frappais \u00e0 l\u2019aveuglette, touchant aussi bien le sol que les d\u00e9mons cornus, ne blessant personne mais me mettant temporairement hors de port\u00e9e de leurs coups. Par deux fois, je r\u00e9ussis \u00e0 me soustraire \u00e0 leur attention pour les assommer avec de grosses pierres que je ramassais sur le sol. Leur cr\u00e2ne \u00e9pais laissait \u00e9chapper des flots d\u2019un sang visqueux et noir\u00e2tre. Malheureusement, ils \u00e9taient bien plus forts que nous.<\/p>\n<p>Profitant d\u2019une accalmie, j\u2019entrevis une ouverture et me mis \u00e0 courir \u00e0 travers la for\u00eat. Mes jambes mues par la peur semblaient dou\u00e9es d\u2019une vie propre. Je ne pus m\u2019arr\u00eater qu\u2019apr\u00e8s de longues minutes d\u2019une course \u00e9reintante. Mon maitre n\u2019avait pu faire autrement et me rejoignis aussi. La femme qui nous accompagnait \u00e9tait l\u00e0 \u00e0 son tour. Tous deux avaient \u00e9t\u00e9 bless\u00e9s gravement. Je d\u00e9chirais un morceau de ma robe de bure pour confectionner des bandages de fortune. Ce n\u2019\u00e9tait pas l\u2019id\u00e9al, surtout \u00e0 cause de la propret\u00e9 douteuse du tissu, mais je ne pouvais faire mieux pour le moment.<\/p>\n<p>Apr\u00e8s avoir repris notre souffle nous d\u00e9cid\u00e2mes de retourner au village pour aider les survivants.<\/p>\n<p>Les d\u00e9mons cornus \u00e9taient partis. Tous les habitants du village \u00e9taient morts. La plupart atrocement mutil\u00e9s. Le visage de Georgina, la gouailleuse lavandi\u00e8re toujours prompte \u00e0 la plaisanterie grivoise, me regardait de ses yeux vitreux, tandis que son corps gisait d\u00e9membr\u00e9 \u00e0 plusieurs m\u00e8tres de l\u00e0. Les entrailles du p\u00e8re Koskas \u00e9taient r\u00e9pandues sur le sol sortant de son abdomen d\u2019une mani\u00e8re obsc\u00e8ne. Les jumeaux Elias et Johanna, les jeunes enfants de Moira la douce, \u00e9taient clou\u00e9s sur la porte du temple, un mandrin de bois en travers de la poitrine. D\u2019autres encore \u00e9taient impossible \u00e0 identifier, cadavres brul\u00e9s dans leurs maisons incendi\u00e9es. Partout du sang et de la chair d\u00e9truite. Partout l\u2019odeur de la mort et de la cendre, partout ce gout immonde dans la bouche.<\/p>\n<p>Cette nuit-l\u00e0 je pris conscience de certaines r\u00e9alit\u00e9s. Mon apprentissage fut rude et douloureux mais maintenant je comprends mieux les histoires de mon grand-p\u00e8re, les batailles qu\u2019il m\u2019avait d\u00e9crites prenaient un jour nouveau.<\/p>\n<ul>\n<li>Le Chaos est \u00e0 nos portes, m\u2019avait-il dit dans un souffle, un soir d\u2019\u00e9t\u00e9 particuli\u00e8rement chaud. Otta, tu dois te pr\u00e9parer au pire. Tu devras \u00eatre pr\u00eat lorsque la haine et le mal reviendront.<\/li>\n<\/ul>\n<p>Comme je venais de le d\u00e9couvrir, le Chaos qu\u2019il me d\u00e9peignait jour apr\u00e8s jour n\u2019\u00e9tait pas une simple affabulation d\u2019un vieil homme bless\u00e9 mais bien la transmission de l\u2019exp\u00e9rience d\u2019un valeureux guerrier.<\/p>\n<p>Cette nuit-l\u00e0 j\u2019ai connu l\u2019horreur mais j\u2019ai enfin pu voir la v\u00e9rit\u00e9.<\/p>\n<h3>2\u00a0&#8211; Le serment<\/h3>\n<p>Il ne restait que trois survivants\u00a0: mon maitre, la femme qui nous avait aid\u00e9s et moi-m\u00eame. Tandis que nous parcourions les ruines, je voyais le vieux pr\u00eatre serrer les m\u00e2choires \u00e0 s\u2019en d\u00e9chausser les dents. Ses yeux roulaient dans leurs orbites, ses mains \u00e9taient crisp\u00e9es sur le manche de sa hache, les jointures blanchies par l\u2019effort. Il s\u2019approcha de moi. Le son qui sortait de sa gorge n\u2019\u00e9tait qu\u2019un souffle.<\/p>\n<ul>\n<li>Nous devons les venger petit. Nous devons nous relever, faire face au mal et le d\u00e9truire. Je n\u2019aurais de repos avant d\u2019en avoir fini avec le Chaos. Nous devons rendre justice \u00e0 ceux qui sont morts pour rien. Tu cherchais un enseignement, voil\u00e0 pour toi l\u2019occasion d\u2019apprendre. Je combattrai seul s\u2019il le faut, mais les dieux t\u2019ont permis de vivre. Ils souhaitent que nous combattions ensemble. Alors je vais te le demander une seule fois\u00a0: es-tu avec moi\u00a0?<\/li>\n<\/ul>\n<p>Je ne savais que r\u00e9pondre. En quelques instants tout avait \u00e9t\u00e9 d\u00e9truit, tout avait disparu. Je n\u2019avais plus rien. Plus rien que l\u2019amour de mon maitre, plus rien que sa foi brulante en ce combat, plus rien que le fil de sa hache pour me faire vivre. Apr\u00e8s ce que j\u2019avais vu il aurait \u00e9t\u00e9 impossible que je rentre \u00e0 Nuln, que je retourne \u00e0 cette vie bourgeoise et sans saveur. Je ne pouvais retourner voir mon grand-p\u00e8re et lui expliquer que j\u2019avais eu l\u2019occasion de combattre et que j\u2019avais refus\u00e9. Je tenais l\u2019occasion de marcher dans ses traces, de faire quelque chose de ma vie.<\/p>\n<p>Je tendis une main tremblante vers le p\u00e8re Akney qui l\u2019attrapa avec un claquement sonore. Je venais de sceller mon destin.<\/p>\n<ul>\n<li>Et toi\u00a0? Nous accompagneras-tu sur la voie de la justice\u00a0?\u00a0dit le pr\u00eatre en se tournant vers la combattante.<\/li>\n<\/ul>\n<p>Elle repoussa n\u00e9gligemment une de ses m\u00e8ches brunes qui retomba aussit\u00f4t sur son visage ferm\u00e9. A cet instant, je m\u2019aper\u00e7us que je ne connaissais rien d\u2019elle, m\u00eame pas son nom. Je savais juste qu\u2019il s\u2019agissait d\u2019une sorte de libre commer\u00e7ante qui amenait du mat\u00e9riel et repartait ailleurs avec des vivres plusieurs fois par mois. Elle utilisait un petit bateau sans ornements particuliers. J\u2019imagine qu\u2019elle devait ainsi s\u2019affranchir des diverses taxes que les soldats du Reik faisaient peser sur les marchands.<\/p>\n<p>Ses v\u00eatements n\u2019\u00e9taient pas particuli\u00e8rement chics mais l\u2019\u00e9toffe \u00e9tait belle et quelques discr\u00e8tes bordures et banbreloques montraient qu\u2019elle prenait soin d\u2019elle. Sa rapi\u00e8re \u00e9tait de toute beaut\u00e9. Cette femme, belle et ind\u00e9pendante, appr\u00e9ciait la qualit\u00e9 mais ne cherchait pas \u00e0 le montrer \u00e0 tout prix. Une n\u00e9cessaire discr\u00e9tion pour un m\u00e9tier dangereux.<\/p>\n<p>Elle garda le silence de longues secondes, semblant peser le pour et le contre, bien loin de la fi\u00e8vre guerri\u00e8re de mon maitre. Enfin, elle se d\u00e9cida et tendit la main \u00e0 son tour.<\/p>\n<ul>\n<li>Tu peux compter sur Camillia de la famille Rosenroth vieil homme, nous dit la femme au regard dur. Je compris plus tard que donner son nom complet serait la preuve la plus importante que nous pourrions attendre de sa loyaut\u00e9 \u00e0 notre groupe.<\/li>\n<\/ul>\n<p>Mon maitre nous serra contre lui et leva les yeux au ciel. Son visage grima\u00e7ant, tendu vers les cieux, il \u00e9mit une sorte de son de gorge grave, une pri\u00e8re incompr\u00e9hensible mais dont les sonorit\u00e9s me donn\u00e8rent le frisson. Il s\u2019adressait aux dieux. Il ne demandait par leur aide. Il leur adressait un message, un avertissement. Dor\u00e9navant, nous ne serions plus isol\u00e9s, nous serions un groupe. Un groupe de justiciers.<\/p>\n<h3>3\u00a0&#8211; Au commencement<\/h3>\n<p><a href=\"http:\/\/www.memoiresecondaire.fr\/wp-content\/uploads\/2014\/11\/For\u00eat.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignright wp-image-408 size-medium\" src=\"http:\/\/www.memoiresecondaire.fr\/wp-content\/uploads\/2014\/11\/For\u00eat-300x186.jpg\" alt=\"For\u00eat\" width=\"300\" height=\"186\" srcset=\"https:\/\/www.memoiresecondaire.fr\/wp-content\/uploads\/2014\/11\/For\u00eat-300x186.jpg 300w, https:\/\/www.memoiresecondaire.fr\/wp-content\/uploads\/2014\/11\/For\u00eat.jpg 480w\" sizes=\"auto, (max-width: 300px) 100vw, 300px\" \/><\/a>Nous voyage\u00e2mes plusieurs jours, crapahutant dans la for\u00eat, traversant fleuves et rivi\u00e8res. Nous chassions et p\u00e9chions. Du moins, mes compagnons le firent. A mon grand regret, je ne leur fus que d\u2019une pi\u00e8tre aide, me contentant de s\u00e9parer les champignons comestibles d\u2019autres plus mortels. Toutefois, j\u2019appris beaucoup lors de cette p\u00e9riode. Au-del\u00e0 du pur apprentissage de la survie, nous formions une \u00e9quipe, un groupe. Les \u00e9preuves nous soudaient et nous nous faisions tous les jours un peu plus confiance. Mon maitre me donnait des t\u00e2ches de plus en plus gratifiantes, m\u2019enseignait le combat \u00e0 la hache et la mani\u00e8re de la lancer pour blesser un ennemi ou le d\u00e9s\u00e9quilibrer. Camillia savaient se faufiler, disparaitre \u00e0 la vue de tous, se mettre sous le vent et faire du feu m\u00eame dans les conditions les plus difficiles.<\/p>\n<ul>\n<li>Survivre dans les bas-fonds des cit\u00e9s du nord est bien plus difficile que passer quelques jours dans les bois, nous dit-elle un jour.<\/li>\n<\/ul>\n<p>Camillia n\u2019avait pas l\u2019habitude de se confier et ces quelques mots furent les rares informations qu\u2019elle accepta de nous livrer \u00e0 son propos.<\/p>\n<p>Puis un jour, nous arriv\u00e2mes en vue des murailles aust\u00e8res et intimidantes de la cit\u00e9 d\u2019Ubersreik. D\u2019\u00e9pais m\u00e2chicoulis ornaient les immenses murs de pierre perc\u00e9s de meurtri\u00e8res. Des gardes rev\u00eaches, arm\u00e9s de lourdes arbal\u00e8tes, se trouvaient devant les remparts, parcourant sans rel\u00e2che le chemin de ronde, attentifs \u00e0 la moindre alerte. Deux grandes vasques \u00e9taient pos\u00e9es sur deux tours dispos\u00e9es au-dessus de la herse bloquant la porte principale. Il s\u2019agissait d\u2019un relai d\u2019alerte destin\u00e9 \u00e0 pr\u00e9venir les villages alentour qu\u2019une attaque \u00e9tait en train d\u2019\u00eatre men\u00e9e contre la ville. Une simple torche permettait de les enflammer, g\u00e9n\u00e9rant une lumi\u00e8re visible \u00e0 plusieurs dizaines de kilom\u00e8tre \u00e0 la ronde.<\/p>\n<p>Le chemin de terre menant \u00e0 l\u2019entr\u00e9e se transformait en pav\u00e9 \u00e9pais et disjoint \u00e0 mesure que nous approchions. Un homme muni d\u2019une effrayante hallebarde s\u2019approcha de nous. Les cernes noirs sous ses yeux et son rasage in\u00e9gal en disaient long sur son \u00e9tat de fatigue. Son haleine charg\u00e9e d\u2019alcool achevait le portrait d\u2019un homme fatigu\u00e9, us\u00e9. Nous nous d\u00e9lest\u00e2mes promptement des quelques sous de cuivre demand\u00e9 par le garde au titre du p\u00e9age et entr\u00e2mes dans la ville fortifi\u00e9e.<\/p>\n<p>La nuit venait de tomber et une petite pluie fine et insidieuse venait de faire son apparition. J\u2019enfon\u00e7ais mon chapeau sur ma t\u00eate tandis que mon maitre levait son visage au ciel pour profiter de la fraicheur de l\u2019ond\u00e9e. Camillia d\u00e9signa une b\u00e2tisse situ\u00e9e dans la rue principale.<\/p>\n<p>Voici l\u2019auberge de la lune rouge, nous devrions pouvoir nous y reposer et sans doute trouver du travail.<\/p>\n<p>Je poussai la porte et nous entr\u00e2mes dans l\u2019auberge.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Il y a quelques ann\u00e9es je m&rsquo;\u00e9tais lanc\u00e9 avec quelques amis dans une campagne de Warhammer, un jeu de r\u00f4le germano-gothique d\u00e9peignant une Europe en pleine d\u00e9liquescence, assaillie de toute part par les forces du Chaos personnifi\u00e9 par des arm\u00e9es de d\u00e9mons parcourant les campagnes et de sombres cultes oeuvrant dans les cit\u00e9s d\u00e9cadentes. 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