Août, 2018

Voyage en Ouzbékistan (pt. 2)

Thetourist

Avant que j’arrive sur place, Milena et sa mère avaient fait les démarches pour nous faire faire un grand tour du pays en mode touriste, avec visite des principales villes et monuments, avec des guides francophones et des chauffeurs.

Thetourist est l’office de voyage que nous avons sollicité pour cela. Les bureaux sont à Tachkent. C’est joli, climatisé et Soroya, la commerciale très sympathique et professionnelle.

Il a été prévu un voyage de 6 jours, départ en avion pour Nukus, puis Moynaq, Mer/Désert d’Aral, Khiva, Bukhara, Samarcande puis retour à Tachkent en Afrosyab, le train à grande vitesse local.

Le tarif négocié était aux alentours de 600 dollars par personne, ce qui est plutôt cher dans l’absolu, mais avec les chauffeurs et les hôtels ça se tient.

C’est d’ailleurs un des points qui m’a étonné, les hôtels choisis étaient d’une qualité plutôt basse, et globalement assez chers. De fait, seuls les touristes se payent ce genre de nuits et uniquement parce qu’ils le souhaitent.

Dans les faits, les Ouzbeks sont extrêmement accueillants et se feront une obligation de vous nourrir et de vous loger gratuitement. Culturellement, il est impossible pour eux de laisser quelqu’un dehors. De fait, de tout le voyage, je n’ai vu qu’une seule fois quelqu’un demander de l’argent dans la rue, et une autre fois, une voyante un peu bizarre pas forcément bien dans ses baskets.

Pour l’anecdote, dans l’avion qui m’amenait à Tachkent, un homme et sa femme m’ont abordé en anglais alors que je lisais un guide de l’Ouzbékistan pour m’informer. Il s’agissait de deux Ouzbeks absolument adorables qui m’ont parlé en détail du pays, de ce que je devrais faire, voir et manger, et m’ont proposé de m’héberger et de me guider tout le temps où je serais là. Je n’ai jamais vu ça ailleurs.

Nukus

Après une heure d’avion, nous arrivons à Nukus, la capitale du Karalkapakstan, une république autonome au sein même de l’Ouzbékistan.

Sur les photos ça à l’air verdoyant mais en fait ce n’est pas le cas, c’est entouré de désert et la température lorsque nous y étions tournait autour de 50 degrés, ce qui commun pour le mois d’Août. C’est évident important mais c’est très supportable vu le taux d’humidité très bas. J’ai eu moins de problème qu’en France quand il fait 28.

La chambre d’hôtel était plutôt petite mais confortable si l’on excepte le bureau sous lequel était placé le mini-frigo le rendant donc quasi-inutilisable, ce qui était problématique vu que j’avais du boulot à faire sur mon ordinateur.

Contrairement à ce qui avait été annoncé, l’hôtel ne faisait pas de diner. Nous sommes donc sortis pour trouver des restaurants.

Malheureusement, Nukus n’est pas une ville touristique et les gens ne sont pas les mêmes non plus. L’accueil est beaucoup plus froid et distants. Il n’y a pas de femmes dans les rues et les étrangers sont regardés avec méfiance et distance. Résultat, on a juste mangé des chips avant de dormir. Un soir de jeûne ne pouvait de toute façon pas faire de mal, vu ce que j’avais ingurgité les jours précédents. Qu’importe, Nukus n’est que le point de départ pour aller voir la mer d’Aral.

Nécropole

Le lendemain matin, nous partons pour Moynaq, une ville à trois heures de route, au bord de l’ancienne mer d’Aral. Sur le chemin, nous faisons halte pour visiter un cimetière gigantesque, une nécropole s’étendant sur des centaines de mètres.

Avant que le pays ne soit musulman, les habitants pratiquaient le Zoroastrisme, une religion respectant les quatre éléments primaires et en particulier le feu. Son prophète est Zarathroustra. On retrouvera des éléments de cette religion un peu partout dans le pays.

Pour respecter la terre, les défunts n’étaient pas enterrés, ou pas au sens conventionnel, ils étaient posés sur le sol, puis recouvert, puis on posait un cadre de bois sur l’ensemble. Une pierre tombale étaient souvent posée et gravée avec des éléments de la vie du défunt.

Il y a des empilements de pierre un peu partout. On dit que lorsque le dernier empilements sera tombé, le monde parviendra à sa fin. Pour éviter cela, j’ai construits un nouvel empilements, de sept pierres au minimum. Le guide nous a dit que j’étais le premier touriste à faire ça. Ça lui a fait plaisir manifestement.

Nous avons visité deux tombeaux. Le premier est plutôt surprenant. Une simple entrée qui ne payait pas de mine, menait à un immense tombeau en sous-sol.

Il y avait une légende autour de ce tombeau. Un jeune architecte qui construisait ce bâtiment était tombé amoureux de la princesse qui lui aurait demandé, pour prouver son amour, de se jeter dans le vide. Ce qu’il a fait. Et il est mort. Déjà à l’époque, les mecs étaient pas bien malins, mais j’ai peut-être raté une partie de l’histoire.

Le deuxième tombeau est celui d’un homme qui avait sept filles. Pour lui rendre hommages, chacune a tenu à faire construire une arche et une coupole au dessus de son cercueil. Le tombeau fait donc 27 mètres.

La route pour Moynaq est longue et peu entretenue. Le chauffeur nous apprend qu’a chaque fois qu’on se prend un nid de poule ou qu’on décolle on appelle ça : faire voler la tortue. Clairement on a beaucoup fait voler la tortue. C’est là qu’on voit l’intérêt du chauffeur, quelqu’un d’habitué et d’efficace.

A un moment, sur le bord de la route est apparu une sorte d’abribus, au milieu de nulle part. Notre chauffeur s’est arrêté, a glissé un billet dans une sorte de tronc d’église et à prié quelques instants là, pour sa fille nous as-t-il dit. C’était surprenant et beau à la fois.

Moynaq

C’est une ville en plein désert, avec rien autour, complètement cassée et pleine de vestige du temps de l’URSS. Il reste des habitants, des batiments et même quelques commerces, mais j’ai vraiment eu l’impression de visiter une ville post-apocalyptique.

Nous avons rapidement visité un musée, allumé et ouvert juste pour nous. C’est aussi à cette occasion que nous avons constaté que les étrangers étaient regardés avec méfiance. A peine somme nous entrés que quatre policiers et deux militaires firent irruption dans la salle, en faisant semblant de regarder les pièces exposées. Ils n’ont rien dit, mais nous avons bien senti la surveillance appuyées.

Moynaq disposait d’une conserverie destinée à travailler le poisson résultant de la pêche dans la mer d’Aral. Lorsque cette dernière commença à s’assécher, ils importèrent du poisson congelé de Russie pour continuer à faire travailler les gens du coin. Malheureusement cela ne dura pas longtemps, et l’usine ferma.

Après une dizaine de minutes, mal à l’aise nous repartons.

Désert d’Aral

La mer d’Aral n’existe quasiment plus. Les anciens soviétiques, adeptes de la monoculture, ont imposé le coton dans tous le pays. C’est une plante qui demande beaucoup d’eau, et pour cela les cours d’eau alimentant la mer d’Aral ont été détournés pour irriguer les champs de manière intensive.

Aujourd’hui la mer d’Aral existe encore au Kazaksthan qui la maintiennent de manière artificielle. Il ne reste qu’un désert dans lequel quelques bateaux échoués ont été rassemblés pour en évoquer le souvenir.

Un restaurant/yourte construit dans l’ancien phare permet aux touristes de venir voir ce désastre écologique incroyable. Se tenir face en hauteur, face à ce désert plein de produits chimiques est bouleversant. Pour un fan d’exploration de lieux abandonnés et de post-apocalypse comme moi, c’est particulièrement touchant.

Nous retournons à Nukus pour y visiter le seul point d’intérêt du coin, le musée Savitsky

Construit sur deux bâtiment et plusieurs étages, l’entrée est relativement peu chère pour des touristes (4€ dans mes souvenirs). Il y a peu de monde, même si nous avons quand même croisé quelques touristes français. C’est grand, bien agencé et il y a beaucoup de pièces à voir.

J’ai été particulièrement touché par les sculptures, ainsi que tout ce qui touche à l’Asie centrale ancienne. Les costumes, les peintures etc.

Il y a toute une partie occidentale, avec des statuts grecques, des peintures françaises et bien d’autres. J’avoue que dans mon chauvinisme j’ai été content de voir ces œuvres magnifiques mais il n’y a pas besoin de faire 7000km pour ça.

Nous n’avions pas de guide pour ce musée, et je pense que ce fut une erreur. Ici, comme à d’autres moments du voyage, le manque de guide m’a empêché de comprendre ce que je voyais. A l’inverse lorsqu’ils étaient avec nous leur connaissance locale permet de se transporter dans un lieu et une époque que les occidentaux comme moi ne connaissent pas du tout. Prenez des guides !

A la sortie du musée, nous rejoignons notre chauffeur qui nous emmène à notre prochaine destination : Khiva.

Voyage en Ouzbékistan (pt. 1)

Il y a trois ans, alors en première année de cours Florent, je rencontrais Milena, étudiante comme moi. Dans ma grande ignorance, je ne connaissais absolument rien de son pays d’origine, l’Ouzbekistan. Devenue depuis une amie très proche, elle m’a invité à l’accompagner dans sa famille et à me faire découvrir la région. Un peu craintif de partir aussi loin, moi qui ne suis pas coutumier des voyages, dans un endroit, pour moi, aussi reculé, j’ai pu compter sur son enthousiasme pour me décider. Cette série d’article fait le point sur ces quinze jours dans un pays en pleine reconstruction, marqué par l’histoire.


Départ

L’Ouzbékistan est un pays anciennement un peu fermé mais qui s’ouvre de plus en plus. Les conditions de voyage un peu compliqué sont en train de se détendre depuis quelques mois.

La première chose à faire est de demander un visa. D’un coût de 60€ il permet de voyager en touriste pendant un mois. Il faut tout d’abord remplir un formulaire sur le site de l’ambassade, puis l’imprimer avant de se rendre à l’ambassade elle-même pour faire la demande. Moins d’une semaine plus tard, j’avais mon sésame.

Normalement il faut aussi une invitation écrite de la part d’un habitant, ce qui coûte aussi un peu d’argent à la personne sur place. Depuis quelques semaines, ce n’est plus obligatoire !

Je m’y suis pris un peu tard, donc j’ai payé mes billets assez cher, mais il est possible de s’en sortir aux alentours de 800€ aller-retour, sachant que la plupart du temps il y a une escale. Dans mon cas, j’ai passé quelques heures à Moscou avant de rejoindre Tachkent, la capitale ouzbèke.

Départ pour Moscou

Je suis arrivé dans la nuit après 12h de voyage, en comptant l’arrêt en Russie. Milena était déjà sur place depuis quelques jours, et c’est elle et son oncle Nizom qui sont venus me chercher.

Nizom, comme tout le reste de la famille, sera un allié de poids pour ce voyage. Tout le temps passé à Tachkent, il nous aura servi de guide, d’interprète et de négociateur sur les marchés. Ayant travaillé des années pour l’ambassade Américaine, son anglais parfait, nous permet de nous comprendre plus facilement que si Milena avait du faire les traductions entièrement seules.

Tachkent

Tachkent est une ville en pleine construction. Il y a des chantiers partout et d’immenses pans de la ville sont neufs. Le maire a décidé de raser des anciens quartiers pour y construire de nouveaux bâtiments.

La plupart des rues sont larges, il y a des tas de monuments partout, des parcs, des mosquées et pas mal de néons fluorescents. Ça donne un côté un peu clinquant à une capitale plutôt moderne.

Les premiers jours ont été passé à visiter la ville, quelques places, quelques monuments, et surtout le musée mais la ville n’est pas réputée pour le nombre de ses spots à touriste.

L’argent

L’argent est le SUM. Il faut impérativement changer l’argent sur place. Il y a très peu de distributeurs de billets, pas de chèque ni de carte bleue. On paye en espèce pour tout sauf éventuellement les hôtels j’imagine. Parfois ils acceptent les dollars mais c’est rare. Le taux de change est en gros de 10000 SUM pour un Euro.

Le premier jour il a fallu que j’aille retirer l’argent dont j’avais besoin pour le séjour mais la machine a simplement accepté mais sans me donner l’argent. J’avais prévu 600€ pour payer le tour de pays, la nourriture et les cadeaux et j’avais donc peur d’avoir été débité. Heureusement j’étais avec la mère de Milena, qui est partie instantanément en mode scandale dans une banque avec un seul guichet, une réceptionniste et le directeur, vu que tout le reste du bâtiment était en chantier. C’était marrant, mais les pauvres se sont fait engueuler comme j’ai rarement vu. Au final, on a compris que cette banque, Kapitalbank, n’avait pas d’accord avec ma banque française et que l’argent n’avait pas été débité malgré le texte trompeur de la machine.

La nourriture

La nourriture, dans les restaurants, est très peu chère. On mange comme des rois, avec boissons, pains, salades et viande pour 5€ grand max.

Le premier jour j’ai invité Milena, son oncle et sa mère à manger pour les remercier. Nous avons mangé le plat national, le plov (prononcez palow), du riz sauté dont chaque région dit détenir l’unique recette, des salades atchutchu (concombres miniatures et tomates en dés), et bu du thé, appelé  Choï. J’en ai eu pour 11€, pour quatre, dans un restaurant de bonne qualité.

Je suis végétarien, et c’est parfois un peu compliqué à expliquer, ce n’est pas du tout la mentalité du pays. Cela dit, avec des salades et du riz on s’en sort sans problème.

L’eau est normalement potable à la capitale mais par sécurité nous n’avons bu que de l’eau minérale ou du choï dont l’eau a été bouillie.

La nourriture est de très bonne qualité (sauf deux fois). A part le plov et les salades, on mange un excellent pain, le “non”, qu’on peut acheter partout, dans la rue ou sur les marchés. On trouve aussi beaucoup de somsas, des pains fourrés à la viande ou à ce qu’on veut.

Pour les fruits, il y avait des melons et pastèques en quantité et en qualité, d’excellents raisins de différentes sortes et des figues prises directement sur l’arbre dans le jardin, un délice sucré.

Je n’ai été malade qu’une seule fois, vers le début du séjour, probablement un somsa au potiron qui avait du être mal décongelé vu que ce n’était pas la saison.

Je dois aussi parler du fait que la famille a dû croire que je ne mangeais pas à ma faim à Paris vu les quantités absurdes de nourriture qu’ils m’ont fait avaler. Je me souviens d’un repas en particulier, chez des cousins, où après avoir extrêmement bien mangé, je pensais être tranquillement en train de finir le dessert lorsque Milena s’est penchée vers moi, affolée, pour me dire que c’était juste l’entrée et que le plat principal arrivait. Impossible de dire non pour ne pas vexer et obligation de finir son assiette pour ne pas gâcher ce qui est extrêmement mal vu.

Enfin, malgré le fait qu’il s’agisse d’un pays musulman, il est possible de boire de l’alcool sans problème. J’ai bu un vin local plutôt bon, sinon c’était bière et vodka, très peu chers. La pinte était entre 60 cents et 1,5€ et la vodka autour de 3€ la bouteille.

Les déplacements

Le plupart du temps, à Tashkent, nous étions avec Nizom et sa voiture. Je ne crois pas qu’il soit possible de louer une voiture ou de conduire en tant qu’étranger. Pour le tour du pays nous avions des chauffeurs mais sinon, on peut utiliser des taxis.

En fait, tout le monde fait le taxi, il suffit de se mettre en bord de route et de baisser le bras pour que des voitures ralentissent et demandent où vous voulez aller. Il faut négocier un peu, mais on peut se rendre n’importe où pour 1 ou 2€.

Le métro de la capitale a été entièrement refait, chaque station est décorée différemment. Il y a quatre lignes. C’est confortable comme un métro, plutôt rapide, mais surtout très peu cher (pour des occidentaux hein), 12 cents le jeton.

A voir à Tashkent

L’église orthodoxe

Le pays est musulman, mais modéré et accepte toutes les religions et communautés. De la Russie il reste encore pas mal de vestiges, notamment une église orthodoxe récemment restaurée.

Complètement par hasard, nous sommes tombés sur un mariage orthodoxe que nous avons pu regarder pendant quelques minutes. C’était très beau, avec peu d’invités mais pas mal de cérémonial. Par respect nous n’avons pas pris de photos.

Madrasa

Une madrasa convertie en école d’artisan

Les madrasas sont des écoles coraniques. Les étudiants venaient y apprendre le coran bien sûr mais aussi les lettres, les mathématiques, l’astronomie et bien d’autre matières. Payantes, elle étaient réservés à une certaine élite, masculine.

La plupart du temps, le rez-de-chaussée et la cour sont réservés à l’étude, et les cellules à l’étage au logement.

La plupart ont été converties, en ateliers d’artiste ou d’artisan, en boutiques de souvenir, en musées ou en hôtels.

Celle visitée à Tashkent montrait des artisans au travail qui vendaient leur production directement dans leurs ateliers. Tout est fait main bien sûr, c’est souvent magnifique et extrêmement détaillé, mais j’ai tendance à penser que tout se ressemble un peu.

Les bazars

Passage obligé, c’est au bazar que les Ouzbeks font leurs courses. Comme un gros touriste, je me suis attardé sur les épices, les fruits et autres fruits secs exotiques.

Ici, on se fait alpaguer par les vendeurs constamment. Tous le monde nous fait gouter les produits. Tu peux toucher à tout et manger à ta faim sans quitter le marché. Par contre, il arrive que les produits sur les étals ne soient pas ceux de la meilleure qualité et il faut parfois négocier ou être un bon client, ou avec un local, pour obtenir les bons produits et les bons prix.

D’ailleurs les prix ne sont presque jamais affichés. Il faut demander systématiquement, et négocier à chaque fois.

La tour de télévision

C’est une grande tour situé non loin du quartier où j’habitais et que j’avais très envie de visiter. On peut y manger dans un restaurant qui tourne avec des baies vitrées pour voir toute la ville de nuit. J’avais particulièrement hâte vu, heu, mon fétichisme pour les villes de nuit…

Grosse grosse déception…

Déjà l’entrée est chère. Puis il faut montrer patte blanche : être accompagné, laisser ses affaires, donner son passeport, être fouillé etc. Bon rien que de très normal pour la sécurité mais un peu stressant quand même.

Ensuite on monte pas bien haut, disons la moitié de la tour. La vue y est jolie en effet mais pas particulièrement prenante. A l’intérieur de la tour, la lumière est très faible, il n’y presque personne, c’est une ambiance un peu bizarre. Il y a des modèles réduits de quelques tours dans monde, mais pas la tour Eiffel.

Ensuite le restaurant est une catastrophe. Trop sombre, lumière bleue très sale, ambiance sous-marine complètement décalée, serveurs désagréables, nourriture chère et sans goût. Je savais qu’il ne fallait pas prendre de la nourriture occidentale en Ouzbékistan, mais pour rater des pâtes à l’eau il faut le faire. Nous étions six et tout le monde a été déçu. C’est pas grave, la balade nocturne qui a suivi était superbe en comparaison.

Départ

C’est après ces quelques jours de visite que nous sommes partis, à deux seulement cette fois, faire le tour du pays.

Plaidoyer pour une critique

Je mets ici pour la postérité un article que j’avais écris il y a quelques années, à l’époque où je faisais des critiques de jeu de rôles pour Radio-rôliste. Je le trouve encore d’actualité.


Il y a quelques jours, une discussion animée naissait entre les gars du podcast la Cellule et les auteurs du jeu Kuro à propos d’une critique particulièrement violente décrivant le jeu comme particulièrement mauvais et s’épanchant longuement sur le sujet.

Lors de cette discussion, un autre auteur faisait part de son agacement quant a une critique de son propre jeu, Dés de sang, remettant en cause l’impartialité et la manière de faire de la personne ayant fait cette critique, en l’occurrence, moi-même.

Comme cette remarque me travaillait quelque peu, j’ai eu envie de coucher par écrit la manière que j’avais de critiquer les jeux. Non pas que je cherche à me défendre particulièrement mais surtout parce que je me demande à quel point on est pas en train de se battre pour pas grand-chose.

Présentation

Tout d’abord un peu de présentation. Je m’appelle Yannick Polchetti et j’ai pour pseudo Orlanth depuis pas mal d’années maintenant. Je suis ce qu’on appelle un vieux rôliste, plus de 25 ans de pratiques diverses, avec quelques longues campagnes à mon actif, des dizaines de jdr testés et joués et bien plus de bouquins que je pourrais jamais en lire. En cela, je suis comme une bonne partie de la population rôliste, un collectionneur presque compulsif. Au-delà de mon activité purement joueur, je m’essaie aussi à l’écriture de jeux, parfois avec succès. Je ne prétends absolument pas avoir l’expérience de nombre d’auteurs du milieu mais quelques productions de ma part ont eu un petit succès qui me fait dire que je ne fais pas complètement de la merde.

Au titre de tout ce qui a précédé, je pense humblement avoir une légitimité en ce qui concerne la critique de jeu. J’aime les mécaniques élégantes et je bouffe régulièrement du système de jeu, ne serait-ce que pour en piquer les idées ou pour découvrir de nouvelles façons de jouer.

Méthode

Assez de présentation, parlons maintenant de critique et de méthodes. Pour moi, critiquer un jeu, ce n’est pas simplement donner son avis. Evidemment aucune critique ne peut exclure le point de vue de celui qui critique mais j’essaye au maximum de minimiser cet effet et de me placer du côté du néophyte (au sens de celui qui va découvrir ce jeu en particulier) et de décortiquer le jeu point par point.

A moins qu’il ne s’agisse d’un jeu distribué exclusivement numériquement, je commence toujours par parler de l’objet en lui-même. C’est le premier contact, la vue et le toucher sont importants et détermine grandement le plaisir qu’on pourra retirer à le manipuler et à le lire.

Ensuite je parle système de jeu. Un survol rapide me permet d’expliquer succinctement à quoi ressemble la mécanique, si on fait des jets de dés et comment et j’essaye de déterminer les points forts et les points faibles ressentis à la lecture.

Une précision d’ailleurs, personne n’a le temps de jouer à tout. Une discussion que nous avions eue d’ailleurs est : pouvons-nous critiquer un jeu sans y avoir joué ? La blague suivante étant, pouvons-nous critiquer un jeu sans l’avoir lu ? Si évidemment, je réponds non à la dernière question, c’est sans hésiter que j’affirme pouvoir critiquer un jeu sans y avoir jouer. J’estime que l’expérience dont la plupart d’entre nous dispose est suffisante pour se faire une idée rapide et pouvoir s’enthousiasmer ou pas sur une belle mécanique. Toutefois, l’avis initial émis à la lecture peut tout à fait se voir confirmer ou infirmer par une partie. Ce dont j’ai peur, c’est qu’une bonne partie des sensations éprouvées lors d’une partie de jeu de rôle provenant de la mise en scène et du scénario joué, donc très directement du maître de jeu, la qualité de ce dernier ne biaise l’avis final.

Une fois le système de jeu passé en revue, j’aborde le monde de la même manière, points forts et points faibles, en essayant encore une fois de rester objectif. Est-ce que telle région du monde me paraît suffisamment détaillée, ou attrayante, pour avoir envie de m’y plonger, est-ce que tel personnage non joueur me semble évocateur, est-ce que l’ensemble apporte quelque chose, est-ce que je sens le souffle épique ou au contraire la moiteur d’une ambiance lourde.

Ici, on est vraiment dans le pur ressenti et c’est à mon avis, la plus grande difficulté de l’exercice. Il faut arriver à expliquer ce qu’est l’univers et ce que l’on a ressenti en le parcourant tout en faisant fi de ses propres univers de prédilection. Pas simple.

Enfin, je parle des scénarios, car il en faut et j’ai un avis assez arrêté sur le sujet, et les conseils de maîtrise, un exercice périlleux mais intéressant car c’est le moment où l’auteur peut prendre du recul et expliquer son intention et la manière dont il souhaite que son jeu soit joué.

État des lieux

Le milieu du jeu de rôle est très petit. Je dis souvent que c’est une cour d’école avec cent personnes qui se connaissent. Il y a des petits groupes, des rivalités, des amitiés bien sûr mais comme dans tout milieu aussi petit, tout est amplifié. De plus, certains acteurs moins au fait des longues histoires foutent parfois un peu les pieds dans le plat. Qu’il s’agisse d’auteurs amateurs (pas au sens réducteur du terme, au sens de pas encore publié), de critiques qui se lâchent parfois, ou des auteurs qui prennent personnellement très mal la moindre remarque fut-elle prononcée du bout des lèvres.

Avec mes quelques compagnons, nous avons pris le contrepied de cet état d’esprit. Les choses sont dites, parfois brutalement, mais nous savons qu’à aucun moment il ne s’agit de casser l’autre ou son travail et qu’on gagne énormément de temps à se parler directement.

Oui, il y a déjà un filtre, nous nous connaissons et nous avons décidé tacitement que ce mode de fonctionnement est le meilleur pour nous.

Oui, lorsqu’un critique s’étale longuement sur un jeu, il ne connaît pas forcément l’auteur et n’a donc pas mis en place ce filtre. Il est donc parfaitement compréhensible que ce dernier réagisse mal. D’autant plus qu’il y a toujours un certain nombre de contraintes très difficiles à voir et à comprendre qui peuvent saloper un jeu au-delà de la vision de l’auteur.

  • Des contraintes de signes, qui obligent à couper drastiquement ou au contraire à tirer à a ligne et donc diluer le texte intéressant.
  • Des contraintes de temps, obligeant les auteurs à sortir des textes parfois peu relus.
  • Des contraintes financières. Pour rappel, il n’y a pas d’argent dans le jeu de rôle. Ceux qui imaginent le contraire n’ont qu’une connaissance très idéalisée de ce milieu. De rares éditeurs et auteurs arrivent à en vivre, mais la plupart ont un vrai métier à côté et bossent pour la gloire et la passion. Sans faire d’angélisme non plus, croire qu’on va devenir riche en faisant du jeu de rôle est un phantasme commun qu’il est urgent de détruire.

Ajoutons à cela des contraintes extérieures, comme les illustrations (branleurs de dessineux), la maquette (faite à l’arrache par le gars qui a touché une fois inDesign) , l’imprimeur (toujours en retard) et la distribution et on peut commencer à comprendre les difficultés pour un jeu de sortir exactement comme l’a voulu l’auteur et l’éditeur.

Conclusion

Tout ce long post pour finir par donner mon avis. On va sans doute me taxer de dire des choses évidentes ou d’être un gros connard qui ne prend pas partie, mais je m’en fous. Ce qui est évident pour l’un ne l’est pas pour l’autre et cela ne coûte rien de les redire.

La critique est effectivement facile à faire. N’importe qui ayant lu un jeu de rôle peut finalement donner son avis et cartonner gratuitement (ou encenser). Ce qui va faire la différence, et ce vers quoi je travaille, c’est la mesure et l’argumentation.

Un jeu peut être mauvais, indéniablement, et j’en parlerais bientôt lors d’une future chronique, mais il est important d’expliquer en quoi le critique considère le jeu mauvais. En effet, ce qu’il trouve mauvais peut ne pas l’être pour un autre joueur, ou ne pas sembler aussi important à ses yeux.

A l’inverse, produire quelque chose c’est toujours s’exposer. Il faut le comprendre et l’accepter, il n’y a pas vraiment d’alternative.