Ecriture

FuturDk

FuturdKIl y a moultes années j’ai travaillé à la refonte du système de jeu multivers dK, lui-même tiré de Lanfeust Jdr imaginé par Eric Nieudan. Cette refonte appelée dk2 (vla l’originalité) était une boite à outil très complète fruit du travail de trois auteurs, LG, Islaire et moi-même. Dans ce genre de cas, nous sommes forcément amené à faire des compromis, et le résultat, pour en être complètement jouable n’est pas complètement la vision d’un auteur.
En parallèle, pour tester certains mécanismes, et pour appliquer mes propres idées de game-design j’ai écrit ma propre version des règles : le FuturdK.
Initialement, je voulais utiliser ce système pour jouer à Shadowrun, n’ayant jamais apprécié la lourdeur de ses règles. J’ai fait jouer une campagne de Shadow mémorable, pleine de bruit, de fureur, de sang, de morts et de trahison et j’avoue vouer un véritable culte à ce jeu, encore aujourd’hui.
le FuturdK a été publié en OGL (en gros, faites en ce que vous voulez, mais mentionnez-moi), initialement sur le site du Gob’zink, un collectif d’auteur mais il semble ne plus être disponible au téléchargement.

A l’occasion de la (re)sortie du dk2 en pdf chez BBE, j’en profite pour remettre tout ce que j’avais fait en ligne, et je copie-colle l’article que j’avais fait à l’époque.


  • Le FuturdK c’est quoi ?
    Bonne question très cher. Très simplement, c’est l’adaptation du Dk2 à ma propre vision à moi que j’ai. Le dK2 se voulait un consensus. Mais en tant que boite à outils ultime elle peut/et doit être modifiée pour correspondre à l’utilisation de chaque Mj.
    Un certain nombre de choix conceptuels fort ont été faits et l’ensemble à été écrits dans une optique de jeu plus rapide, plus violente, moins héroïque (quoique) et très action.
  • Choix conceptuels ? Tu te la pètes ou bien ?
    Mais non. Un choix conceptuel c’est quand, pour un même problème, deux personnes ont deux solutions différentes. Par exemple, un thème qui doit te parler : le combat, hein mon petit bourrin adoré. Et bien saches qu’en FdK tout le monde peut manier toutes les armes. Il suffit d’avoir les compétences. D’ailleurs le FdK est en tout compétence.
    Le système de combat à distance et d’armes à feu par exemple est détaillé et fourmille de petites astuces et de possibilité.
  • Mais c’est tout figé en fait !
    Et bien même pas ! Malgré cette conversion, il est parfaitement possible de modifier, encore!, les règles, pour ton plus grand bonheur. Et c’est vraiment très simple, je donne même quelques, petites, explications à la fin du livre.
  • Y’a quoi dedans ?
    Le livre est divisé en plusieurs parties. Le cœur tout d’abord qui contient les règles de base, de la création de personnages aux règles sur le social, le combat, l’expérience et tutti quanti. Tu peux parfaitement jouer uniquement avec le coeur, d’ailleurs il est fait pour ça. Besoin de rien. Non, pas envie de toi, je te rassure petit coquin. En plus, tout est expliqué dedans, même les Krâsses !
    Ensuite, les modules. Chaque module contient des règles spécifiques sur un sujet précis comme l’usage des drogues (tu crois que je t’ai pas vu?), les poursuites, la folie, la survie etc. Lorsque tu souhaiteras adapter ton propre univers (ou films, ou bd, ou livre – mais si tu sais, c’est comme des bds mais sans images), tu choisiras de prendre tel ou tel module pour coller à l’ambiance.
    De plus, chaque module se termine par une page contenant toutes les tables. C’est très utile pour se retrouver rapidement ou pour se fabriquer un zouli écran avec ses mimines.
    Enfin, une feuille de personnage spécifique. Oui j’aime bien avoir plein de feuilles, on a l’impression d’avoir un perso balaise avec ça.
  • On peut jouer quoi avec ?
    Mais tout ! Absolument tout ! Bon je t’avoue que pour l’instant, le FuturdK s’adresse plutôt aux univers contemporain et futuriste (d’où le titre petit malin). Mais rien n’empêche de jouer en fantastique, en med-fan, en préhistorique, en ouesterne ou en space op hein. Bon ok, y’a pas encore de module sur la Magie ou les vaisseaux spatiaux. Mais pour peu que tu ramènes des copains pour me le demander à plusieurs ou que tu te sortes les doigts pour le faire toi-même et le mettre en ligne pour tout le monde, ça devrait être bon.
  • Ça doit être hyper cher non ?
    Ah ah ah. C’est la crise n’est-ce pas ? Chacun la combat comme il peut et moi je la combat par la gratuité. Oui, tu as bien lu. Il n’est pas illégal de télécharger le FuturdK ! C’est même conseillé/demandé/supplié…hem !
    Et oui, gratuit c’est pas cher.
    Alors ? Heureux ?
  • Y’en à d’autres des qui se la racontent comme toi ?
    Beaucoup de membres du forum John doe font leur propre sauce. Toutefois l’un deux, le sieur Islaire, à été encore plus loin, encore plus haut, encore plus fort et propose, lui aussi, une totale conversion du dK2 : Le Divin Système. Presque aussi bien que le FuturdK, c’est dire.
  • Et on le trouve où ton machin ?

Téléchargement ici

FuturdK

 

 

Une histoire presque banale

En faisant le ménage dans mes fichiers, j’ai retrouvé un vieux scénar que j’avais écrits pour Cops au début de sa parution.

J’ai une affection particulière pour celui-ci car j’avais eu d’excellentes critiques et que c’est à cette époque que je suis rentré un peu dans le milieu du jeu de rôle et que j’ai rencontré tous les gens formidables qui sont devenues mes amis depuis.

Évidemment avec le recul, je le réécrirais un peu autrement, je raccourcirais des passages ou j’allègerais des formules, mais c’est encore parfaitement lisible.

Au cas où vous auriez envie d’un peu de nostalgie, vous pouvez trouver le scénario ici

Une histoire presque banale

On y parle Vaudou, perte d’êtres chers et vengeance mystique dans un contexte de guerre de gang.

 

Carte blanche – troisième échéance 2017

Pour la prochaine échéance, comme qui dirait le prochain examen de théâtre, nous avons carte blanche. On fait ce qu’on veut, en terme de mise en scène, d’écriture ou de jeu. On peut faire des chansons, de la danse, du non-verbal, n’importe quoi qui nous fait plaisir en 5 minutes maximum. On ne le travaille pas directement avec le prof, pour lui aussi c’est une surprise. C’est donc à nous de travailler ensemble, de se donner mutuellement des conseils, de mettre en scène ou de se faire mettre en scène. Un travail collectif qui permet aussi de créer des groupes, de la cohésion et d’apprendre à mieux nous connaitre entre nous. 

Après avoir hésité à présenter un sketch, dont je n’arrivais pas à trouver le personnage alors que c’est ma propre écriture, un comble tout de même, j’ai finalement décidé de montrer quelque chose de plus personnel, moins léger et sans doute plus nécessaire.

Le texte suivant est né de la fusion de plusieurs prises de notes, tout au long de cette année, des choses à dire, jamais dites et pourtant si importantes. 

Je n’ai pas de titre définitif, pour l’instant ça s’appelle « Elle(s) »


Idée de mise en scène

Assis seul devant une petite table, un peu avachi, un sourire goguenard sur le visage, il attend. Rien pendant un long moment. Le sourrie s’efface lentement. 

Ça fait une heure et demi que je regarde mon téléphone en attendant un message de ta part. J’attends, je t’attends, un signe, un espoir, une suite. La communication est coupée, suspendue, à tes doigts, à ta volonté. Je me pose des questions. Tu joues avec moi, avec mon cerveau, qui part en roue libre. Où est-ce que tu es ? Qu’est-ce que tu fais ? Pourquoi tu me fais mal ?

Je t’aime putain, je t’aime. Je t’aime, je te le crie, je te l’écris, je te le dis, je te le redis, je te le raconte, et tu m’abandonne. Cet écran vide me blesse, m’abaisse, me rabaisse, m’empêche. J’ai peur. J’ai peur que tu ne sois plus là, que tu sois ailleurs (avec quelqu’un d’autre ?), à faire autre chose. Réponds-moi. Merde. Qu’est-ce que je t’ai fait ? Pourquoi tu me fais ça ? Qu’est-ce que je suis pour toi ?

Une femme apparait, de dos, on ne voit pas son visage. Elle regarde le protagoniste, les mains jointes devant elle, sans bouger.

Tu me laisses en galère au bord de la falaise. Tu me tenais la main et tu m’as lâché. Dans un instant je vais tomber, je vais basculer, je pars en chute libre, une chute longue, interminable, douloureuse. Mortelle.

Je t’en supplie, fais sonner ce téléphone. Je veux une vibration, une notification, une lumière qui clignote. Est-ce que j’ai du réseau ? La lumière baisse légèrement. Si ça se trouve j’ai pas de réseau ! Si ça se trouve, j’ai plus de réseau ! Je suis déconnecté, coupé du monde, je suis tout seul, comme ça, d’un coup. J’ai beau crier, j’ai beau tomber il n’y a personne, il n’y a plus personne. Je tape à la fenêtre, on ne m’entend pas, la vie continue, sans moi.

Si ça se trouve c’est toi qui n’a pas de réseau. Ou alors plus de batterie. Mais oui c’est ça ! Tu n’as plus de batterie ! L’électricité s’est dissipée et tu cherches désespérément à la retrouver, tu cherches une prise. Tu cherches partout, tu supplie pour quelques volts et ampères, tu mendie du jus.

En imitant une femme qui cherche. La silhouette féminine fait les mêmes mouvements.

« S’il vous plait je peux me brancher quelques minutes ? C’est pour répondre à mon copain, il attend une réponse, il a demandé quelque chose d’important, il a dit qu’il m’aimait, il a demandé si je l’aimais mais »

Mais-mais-mais quoi ? Quoi mais ? Il y’a toujours des mais, un tas de mais, des petits mais, des gros mais, des mais à moi et des mais à toi. Des mais à toi. Sans doute autant que moi. On n’est pas aligné. On n’est pas aligné parce qu’on peut pas être aligné, trop de mais. Qu’est-ce que les gens diraient ?

Un temps

Tu sais pourquoi je fais ça ? Non ? Tu sais pas ? Parce que t’es pas celle que je pensais. T’es pas la déesse de feu que pensais, celle que je mettais sur un piédestal, celle que j’admirais, celle que j’aimais mais que je ne voulais pas toucher sous peine de perdre le sacré, celle que je ne voulais pas salir, celle que je respectais. Ben non, t’es pas tout ça. Mais c’est pas de ta faute on m’a dit, c’est l’âge on m’a dit, c’est normal on m’a dit. Voilà. Normal. En fait, t’es normale. Et c’est la pire chose qui puisse arriver.
Alors maintenant laisse-moi tranquille, laisse-moi tout seul, j’ai perdu quelqu’un que j’aimais, elle est partie, et j’ai besoin d’être seul.

La femme part

J’ai mal. J’ai cette boule au ventre qui ne veut pas disparaître, qui appuie sur mes tripes, ce poids sur la poitrine qui bouge comme si un tas de tentacules me fouillait lentement de intérieur, ça me remue comme la marée remue la vase faisant remonter des remugles nauséabonds. Mais qu’est-ce que j’ai fait ? Qu’est-ce que j’ai dit ? C’est cette fille ? C’est ça ? C’est elle ? Mais c’est une amie ! Juste une amie. Tu peux pas me reprocher d’être ami avec elle. Tu n’as pas le droit. Tu ne sais pas. Pas de contexte. Tu ne peux pas comprendre. Et c’est pas grave, de ne pas comprendre. Fais-moi confiance. Fais-moi confiance comme moi je te fais confiance. La confiance c’est ça qui est important. Moi je te fais confiance. Je te fais confiance avec ma vie. Avec mes sentiments. Avec mon amour. Je t’ai rien caché, je t’ai tout dit. De ma vie d’avant, de mes rencontres. Je me suis ouvert, je t’ai montré la construction, l’empilement, le squelette de mon âme. Y’a pas de protection, pas de peau, pas de chair, pas de muscles pas de graisse pour me protéger. D’un geste, d’un simple geste tu peux me tuer, tu peux éteindre ma flamme, tu peux me détruire. Ou m’aimer . C’est toi qui décide.

Ding

Le protagoniste se précipite sur le téléphone, regarde le message, reste impassible.

Noir

Sketch – Vous dites ça parce que je suis Noir

Un petit sketch écrit il y a quelques temps comme ça, inspiré d’un article du Gorafi pour le thème, et des diablogues de Raoul Roland Dubillard pour la forme, et que je compte jouer pour une prochaine échéance.


UN : Vous dites ça parce que je suis Noir.

DEUX : Quoi ? Mais vous n’êtes pas Noir.

UN : Comment ça je suis pas Noir ?

DEUX : Ben non, vous n’êtes pas Noir.

UN : Ben si je suis Noir. C’est comme ça, je peux rien y faire, c’est mon truc, je suis Noir.

DEUX : Mais comment vous pouvez dire ça ? On voit bien que… enfin.. vous voyez quoi !

UN : Non je vois pas. Ah oui, d’accord ! Là non évidemment. Bien sûr, ça ne se voit pas immédiatement. Mais d’habitude oui, je suis Noir.

DEUX : Mouais, c’est pas clair votre histoire.

UN : Ben non. C’est même plutôt obscur.

DEUX : Quand même. On dirait pas. Ça m’étonne un peu.

UN : Ça vous étonne ?

DEUX : Oui

UN : Que je sois Noir ?

DEUX : Ben oui !

UN : Vous dites ça parce que vous êtes jaloux.

DEUX : Quoi quoi quoi ? Jaloux de quoi ? Allons, je m’en fiche bien de la couleur des gens. Vous pourriez bien être Blanc, Jaune, Noir ou même Vert tiens, que je m’en ficherai tout aussi bien.

UN : Vert ? C’est pas banal.

DEUX : Je vais vous dire, j’ai même connu un pied-noir qu’était peau-rouge. Alors ça !

UN : Ah bon ? Du coup, il était de quelle couleur ?

DEUX : Blanc. Un albinos c’était. Très sympa comme type. Le cœur sur la main.

UN : Un type généreux !

DEUX : Non, pas particulièrement. On l’a retrouvé un jour comme ça, allongé par terre, avec son cœur sur sa main. C’était pas joli à voir ! Ça a fait un foin, je vous dis pas.

UN : C’est trop tard.

DEUX : Quoi ?

UN : Vous me l’avez dit.

(Un temps)

DEUX : Et vous faites quoi dans la vie ?

UN : Moi ? Je suis acteur, comédien, amuseur, pitre et tutti quanti.

DEUX : Et tutti quanti ?

UN : Et tutti quanti !

DEUX : Tutti quanti, c’est pas un métier facile.

UN : Ah ça non, ça ne l’est pas. Il faut beaucoup travailler. Le jour, la nuit et même les week-ends.

DEUX : Et vous êtes célèbre ?

UN : Très ! Très célèbre ! Mais on ne me voit pas souvent.

DEUX : Vous êtes célèbre mais on ne vous voit pas ?

UN : C’est que voyez-vous, il n’y a pas de boulot tout le temps alors moi, je suis sur une niche.

DEUX : Vous avez des chiens ?

UN : J’ai un créneau, un truc à moi. Une spécialité disons.

DEUX : Une spécialité de niche ?

UN : En quelque sorte.

DEUX : Et c’est quoi votre niche à vous ?

UN : Moi je suis l’ami des gens.

DEUX : Vous êtes l’ami des gens ?

UN : Oui enfin pas de tout le monde bien sûr. On m’appelle pour certains cas spéciaux. Je travaille pour des gens célèbres. Pour des humoristes, ou des politiciens des fois ! Beaucoup de gens font appel à moi. Des particuliers aussi.

DEUX : Des particuliers ? Vous allez chez n’importe qui et vous devenez leur ami ?

UN : Pas n’importe qui. Vous savez bien, quand quelqu’un fait une blague douteuse, et que son public s’offusque. C’est là que j’interviens.

DEUX : Comment ça ?

UN : Et bien je suis l’ami Noir ! Vous savez bien, les gens disent toujours qu’ils ont un ami Noir. Et bien cet ami Noir, c’est moi.

DEUX : Mais ! Mais ! Mais c’est dingue ! Comment pouvez-vous être l’ami Noir de tout le monde ! Comme s’il n’y en avait qu’un en plus !

UN : De quoi ?

DEUX : Mais de Noir !

(Un temps)

UN : Vous dites ça parce que vous êtes raciste.

DEUX : Je ne suis pas raciste ! En plus, j’ai plein d’amis Noirs !

UN : Ah vous voyez ! Ce sont des acteurs aussi ?

DEUX : Je ne crois pas. Enfin, je ne vois pas le rapport.

UN : Parce que si ce sont des acteurs, ça veut dire que je ne suis pas tout seul sur cette niche alors.

DEUX : Faut que ça soit solide.

UN : C’est embêtant tout de même. Tous ces Noirs sur le créneau des Noirs. Un peu déloyal je dirais même.

DEUX : Faut vous diversifier.

UN : En plus, je n’ai même pas d’ami Noir.

DEUX : Faire autre chose.

UN : Je devrais me diversifier. Tiens, je vais faire Juif. C’est bien ça Juif non ? Comme ça je pourrais être l’ami Juif des gens. Ou l’ami Noir et Juif des gens. C’est pas mal ça.

DEUX : Mais j’y pense, si vous voulez ramener du monde sur votre niche, homosexuel, vous y avez pensé ?

UN : C’est un peu personnel comme question dites donc. Bon, je dirais que ça m’a bien effleuré, un moment, comme tout le monde, à l’adolescence je …

DEUX : Mais non, je parlais pour votre truc là.

UN : Ah. Et ben tenez pourquoi pas, comme ça je gagne sur tous les tableaux. On peut m’appeler partout. Je peux même cumuler si je veux. Je peux être l’ami Noir, Juif et homosexuel des gens qui font des blagues douteuses. Je vais en gagner de l’argent !

DEUX : Gagner de l’argent ? Parce que vous serez l’ami Juif des gens qui font des blagues douteuses ? Et vous ? Vous ne trouvez pas ça douteux ?

UN : Oh, pour ça, ça va. J’ai un ami Juif !

 

Mais

J’inaugure une nouvelle rubrique, des pensées, des idées qui me traversent, des bouts de trucs écrits, des cris, parfois sans queue ni tête, des trucs qu’il faut que je sorte de ma tête.
Des pensées aléatoires.


C’est marrant l’amour quand on y pense.
C’est vraiment une question de moment, de direction. Un peu comme deux vecteurs qui auraient du mal à s’aligner.
Moi par exemple, il y a une femme que j’aime mais dont je ne suis pas amoureux.
Et puis il y a cette autre femme que j’aime vraiment aussi mais je ne suis pas amoureux non plus.
Il y a aussi cette femme dont je suis amoureux mais je ne l’aime pas. Pas vraiment.
Et puis surtout cette femme. Que j’aime et dont je suis amoureux.
Mais il y a un mais, ou des mais. Un tas de mais, des petits mais des gros mais.
Mais des mais à moi !
Je crois qu’elle a des mais aussi.
Des mais à elle cette fois.
Sans doute autant que moi.
On est pas aligné parce qu’on peut pas être aligné, trop de mais.
A l’intérieur mais aussi à l’extérieur.
Qu’est ce que les gens diraient ?
Et puis.
Je crois qu’elle ne m’aime pas.
Pas comme ça.
Des fois elle me le dit quand même.
Mais je t’aime !
Je t’aime.
Mais.

Scène source – Conseil d’ami

Un petit texte écrit par mes soins et me servant de scène source pour la première échéance du cours Florent.


Conseil d'amiT’es entouré de gens stupides, d’animaux qui se sentent le cul et qui rient fort à des blagues de merde, qui n’ont aucun sens.
Des gens qui ne pensent pas aux conséquences.
Lâche toi, ne réfléchis pas, baise, rit, bois, fais n’importe quoi, tout le monde s’en fout.

Tu penses trop, t’es pas comme les autres, amuse toi, y’a pas de mal.
Laisse parler ton intuition, pas de réflexion, vis maintenant.

Tu veux te taper des filles ?
Alors arrête de te prendre la tête, porte ton masque et fais semblant.

C’est facile : les mêmes phrases, dans le même ordre.
Un compliment, un peu de culture, tu la touches mais c’est parce que t’es tactile, t’as pas fait exprès. Tu parles un peu mais pas trop, du mystère, laisse la parler, raconter sa vie de merde, ses expériences de merde, son métier de merde.

Rebondis, dis-lui que c’est intéressant, souris, l’œil qui pétille : « ah oui ? C’est bien ça ! ». Un trait d’humour, mais ne te moques pas, tout est dosage.

Et là, tu l’emballes.

Un coup de bite pathétique, la tristesse et le dégoût, mais ce n’est pas grave, c’est ce que vous vouliez. C’est naze mais t’es fier, tu vas pouvoir te la raconter devant tes potes, les rendre envieux. T’as marqué un point, tu augmentes ton score !

Mais toi t’es vide. Tu veux autre chose. Une connexion. Un regard. Une attention. Une envie. De l’amour ?

Faut pas trop rêver mon gars, t’as baisé.
C’est déjà une victoire non ? Non ? Ce n’est pas ce que les autres font ? Ce n’est pas ce dont ils se contentent ? Eux, ça leur fait plaisir et toi tu te demandes pourquoi ça ne te suffit pas. Pourquoi t’as constamment cette envie de gerber, pourquoi tu te sens tellement en décalage. Pourquoi tu n’es pas un animal.

T’es entouré d’animaux mecs, de gens qui s’agitent dans la fange pour oublier qu’ils n’ont pas de but, et qu’ils sont seuls.

Et toi aussi.

***

C’est bon ? Tu as fini ton discours ?
C’est ça tes conseils ?

Tu transpires la peur et la tristesse.
Tu es un mort-vivant, évoluant avec d’autres mort-vivants.
Tu me parles de masque, alors que tu ne peux plus enlever le tien.
Tu accumules la chair comme d’autres l’argent, avec mépris et cynisme.

Tu ne respectes rien, ni les autres, ni toi-même. Tu ne me dégoutes pas, tu me fais pitié.

Et lorsque tu as fini, lorsque tu sors d’une de tes orgies, repus et fatigué, les yeux rougis.

Tu es heureux ?

Transmission

Encore un bout de texte retrouvé il y a peu. Celui-ci m’est venu un matin, après un rêve dont je ne me souvenais pas, juste des sensations et des images. Dans la fatigue du réveil, les mots sont venus me demander gentiment mais fermement de sortir de mon crâne pour aller s’écraser dans un « nouveau document Word.docx ». Voilà le résultat, à peine corrigé, sans doute plein d’erreur, mais bon voilà.


Un homme court à perdre haleine dans une ruelle d’une mégalopole crasseuse. Au loin on entend de l’agitation, le bruit de la foule, des klaxons et des sirènes de police. Pour le moment, seul le claquement des chaussures de l’homme sur le pavé résonne dans la ruelle déserte.

« Il est là, je le vois ! » crie un autre homme en débouchant d’une allée. Dans sa main brille une arme. Un coup de feu claque, puis un autre. Le fuyard trébuche, se redresse en rattrapant une brique saillant d’un mur puis repart en claudiquant. De l’ombre sort un troisième homme qui s’approche de l’emplacement précédemment occupé par le fuyard. « Tu l’as touché. Avec ce qu’il perd comme sang, ce fumier n’en a plus pour longtemps. »

Les yeux emplis de larme par la douleur, la main droite fermement appuyée sur la blessure sanglante de sa cuisse, l’homme débouche sur un boulevard bruyant empli des flâneurs d’un samedi soir ordinaire. Le bruit des voitures est assourdissant, les voix des conversations lui parviennent amplifiée, comme si des centaines de gens lui hurlaient en pleine tête leurs vies insignifiantes, leurs listes de courses, leurs peines de cœurs ou leurs disputes minables. Il lui faut se concentrer et trouver sa cible. Rapidement.

L’homme blessé a trouvé ce qu’il cherchait. Ce n’est pas idéal mais c’est mieux que rien. La blessure à sa jambe le fait souffrir mais il s’efforce de l’oublier pour le moment. Dans un instant cela n’aura plus aucun intérêt. Alors qu’il se dirige vers sa cible, son champ de vision se rétrécit. Utilisant l’index de sa main gauche, et tout en courant, il dessine avec son sang dans sa main droite, une sorte de figure stylisée en forme de cercle puis se jette sur un homme à qui une femme vient de donner un seau de pop-corn géant.

L’affiche immense du cinéma montre une hache en relief au-dessus du titre du dernier film d’horreur à la mode. Chris est venu avec sa copine Marge dans l’espoir de se rapprocher d’elle. Cela fait plusieurs semaines qu’il est « sur le coup » et qu’il tente d’aller plus loin. Il est parvenu à lui faire accepter de voir ce film en tête-à-tête avec lui, ça veut dire quelque chose non ? Pendant qu’il pense à ça, il avance tranquillement dans la file en attendant Marge partie chercher du pop-corn. Autour de lui, des tas de jeunes plaisantent et jouent à se faire peur, criant dans le dos des uns des autres, faisant semblant de se battre à coups de hache ou s’étranglant, pour de faux bien sûr. Avec tout ce raffut et cette ambiance Chris n’a pas entendu les gens hurler sur le boulevard. Alors il est particulièrement surpris quand un homme au visage crispé se jette sur lui dans l’intention manifeste de lui faire du mal.

« Mais, qu’est-ce qu’il s’est passé ? » demande Chris en ouvrant les yeux.
Il est allongé sur une sorte de lit en plein air et des gens sont en train de courir partout. Il a manifestement quitté sans s’en rendre compte la file d’attente du cinéma. Marge le regarde avec un air apeuré. Autour de lui, il y a des machines qui font des bips et des gens qui manipulent des tubes et des seringues. Il est dans une ambulance ?

« Tout va bien ? » demande l’un d’eux.
« Heu oui, oui ça va. ».
D’un coup apparait dans son bras une brulure lancinante qui le fait grimacer.
« Ne vous inquiétez pas monsieur, nous allons vous donner un sédatif. L’homme qui vous a agressé vous a tordu le bras, il a laissé une belle marque en tout cas ».
Effectivement, les traces d’une main sont encore visibles près du coude. L’homme a du serrer de toutes ses forces.
« J’ai été agressé ? Merde, mais pourquoi ? Il est où le type ? Les flics l’ont choppé ? » demande Chris en essayant de se relever.
« Restez tranquille, monsieur. » répond un autre homme, « je ne sais pas trop qui ils pourraient avoir attrapé, le type s’est écroulé mort juste après s’être battu avec vous. Sans doute un putain de drogué. Y’a que ça en ce moment. Allez, on y va, vous êtes avec lui mademoiselle ? ».
Marge fait un signe de la tête puis, à l’invite de l’infirmier, monte dans la voiture et claque la porte.

« Agents Malone et Goett, services fédéraux » annonce un homme chauve en costume sombre et la mine patibulaire au policier en tenue en train de délimiter la zone à l’aide d’un ruban jaune.
« Déjà ? Mais qu’est-ce que vous foutez là les gars ? Y’a pas eu de meurtre ni rien, c’est juste une agression. » réplique le policier d’un air soupçonneux.
« On vous a pas demandé votre avis mon gars, on est là et maintenant vous faites avec. Bougez votre cul avant qu’on en réfère à votre supérieur » dit tranquillement le deuxième homme, un blond à l’air pincé, plus mince et plus grand que le premier. Le policier regarde à droite et à gauche puis s’écarte en maugréant. Le chauve se penche sur le cadavre allongé face contre terre tout en enfilant une paire de gants en plastique bleu. Il l’examine, soulevant la veste déchirée, tâtant la poitrine, puis les jambes, puis remonte vers les bras. « Putain l’enfoiré. » murmure-t-il en retournant la main droite du corps. Le blond sort de sa veste un paquet de Dunhill dont il éjecte négligemment une cigarette qu’il allume à l’aide d’un briquet doré. Il prend une longue bouffée puis la recrache en faisant des ronds de fumée d’un air pensif.
« Il va falloir tout recommencer ».

Poème des archipels

ArchipelsJe viens de retrouver un poème que j’avais écrit pour les Archipels, un extraordinaire cadre de campagne, il y a fort longtemps. Il devait servir à lancer une aventure mais je n’ai finalement jamais pu le placer. Pour éviter qu’il se perde, je le mets ici, pour la postérité.


Mes amis, laissez-moi vous conter
Une aventure à coté de laquelle vous ne passerez,
Une histoire de druide fantastique et exaltante
Aubergiste, coupe-moi donc une autre tranche.

Il existait autrefois très très loin,
Une île nommé Essence, c’est pratiquement certain.
Loin des hommes et de leurs actions,
Une compagnie de druide en prit possession.

Pourchassés par d’anciens amis,
Craignant pour leur vie et leur magie,
Ils partirent loin de leurs lieux maudits,
Mais ça, je crois l’avoir déjà dit.

Ils partirent de chez eux,
le regard fier et conquérant,
Emmenant en ces nouveaux lieux
Leurs femmes et surtout leurs enfants.

Les druides restèrent longtemps sur Essence,
Sans qu’aucun ne remarquent leur absence.
Ils auraient pu y couler des jours heureux
Il s’en est vraiment fallu de peu.

Un jour, un jeune druide nouvellement formé
Noraine le fol qu’il s’appelait,
Eut une révélation, une vision, une vérité.
A vrai dire, son nom était bien porté.

Surgissant au conseil des anciens,
Il enjoignit ses maîtres, les yeux plein de chagrin
A réfléchir, être moins serein,
Car les attendait bientôt un funeste destin.

Cette fois là, personne ne le cru.
Il faut dire qu’il vivait à la rue
Souvent dans ses pensées
Il passait son temps à inventer

Toujours il faisait des prédictions
Plus ou moins fatales selon la saison
Parfois, il se perdait, regardant l’horizon
Les gens pensait qu’il perdait la raison

Alors il partit dans la forêt.
Promettant de disparaitre à jamais.
S’enfuit en solitaire, en ermite.
Il faut vraiment aimer les poux et les tiques.

Bien, il est temps pour moi de faire une pause.
Cela fait des heures que je glose.
Aubergiste ! Je meurs de soif on dirait !
Allons! Sers moi donc un godet.

Mais voilà que même sans raconter, je rime
Déformation professionnelle, j’en suis victime.
Pour mon gosier, merci patron.
Retournons donc à notre baston.

Plusieurs semaines plus tard,
En pleine nuit, il faisait noir.
Un capitaine et ses éclaireurs rapportèrent
L’arrivée prochaine de sombres vaisseaux de guerre.

Les maitres n’en crurent pas leurs oreilles.
Ainsi, le fol n’était plus pareil ?
Son augure, pour une fois était juste,
Les maitres avaient vraiment été injustes.

Maintenant ils étaient découverts.
Comment s’en sortir ? Comment faire ?
Les maitres empâtés, encroutés
Ne discutaient plus avec leurs alliés.

C’est alors que Noraine revint,
Dans la forêt, il avait suivit son instinct.
C’est beaucoup plus tard qu’il raconta
Ce qu’il s’est réellement passé ce soir là

Alors qu’en rage, de sombres pensées le submergeait,
Au bord d’un lac tranquille il s’arrêtait
Il pleura, il cria :
« Mais pourquoi personne ne me croit ? »

En réponse, du plus profond des bois,
Il entendit une douce voix
« Moi, je te crois mon élu »
Et Sharilin, habillée de peu, apparu.

Noraine incrédule, écarquilla les yeux.
Et fut pris d’un doute affreux.
Devant lui se tenait une déesse,
Quasiment prête à montrer ses fesses.

Etait-il vraiment fou ?
Dit-il en grattant ses poux.
Moi qui n’entendait que des voix,
Je tombe à chaque fois un peu plus bas.

Sharilin, agacée
Parla fort, pour se faire respecter
« Oho, j’existe! Je suis là »
« Mais là, quoi ! Devant toi ! »

Noraine, se rassit et écouta
Tandis que la déesse parla.
« Tu es mon élu et je vais t’aider
A surmonter les épreuves par les miens, placées. »

« Va au nord et tu trouveras,
Sous le vieux tertre, tu prieras,
Et si de la patience tu as,
Les arbres alliés tu verras. »

« Demande leur le sacrifice
Et, ils te donnerons, sans artifice,
Qui une branche, qui un tronc
Pour défendre l’île, ils t’aideront »

Les semaines qui passèrent, c’est sûr
Virent Noraine travailler dur
Sans relâche, il négocia
et de majestueux navire il fabriqua

Lorsqu’il revint il était presque trop tard
La bataille avaient déjà commencé
Ses frères et ses compagnons se faisaient déjà tuer
Ils erraient dans les décombres, hagards.

Les vieux maitres alors reconnurent,
Que leur salut viendrait de la nature.
Heureux de voir arriver les renforts
Ils se battirent encore plus fort

Faisant appel aux puissances de la terre
Lançant des trombes d’eau de mer
Remplissant les cieux d’éclairs
Chez leur ennemi, ils portèrent la guerre.

Une fois l’adversaire vaincu
Les druides s’excusèrent de n’avoir cru
Noraine, raisonnable devenu,
Vexé par ces mots, au loin s’en fût.

Aujourd’hui personne ne sait,
Ce que les druides sont advenus
Ni de leur vaisseaux de bois vivants faits,
Ni s’ils sont revenus.

L’épilogue et la morale de cette histoire
Nous apprennent qu’il est parfois trop tard
Que même avec l’aide des dieux
L’avenir n’est pas toujours radieux.

Les mémoires d’un estudiant botanica Vol.1 – #3

7 – Enquête

Je me levais à la lumière d’un matin blafard. Comme à son habitude mon maitre était levé et avait commencé son entrainement dans la cour. Le rituel se répétait tous les jours, inlassablement. J’enfilais ma tunique de laine, refermais la boucle de ma ceinture et lassait mes sandales tout en observant mon maitre qui venait de s’arrêter pour effectuer quelques mouvements de gymnastique sur des rondins de bois. Je le voyais monter et descendre en utilisant juste la force de ses bras. A un moment, il se mit debout, torse nu, les mains et le visage rouges de froid et se mit à soulever des bûches. La sueur coulait le long de son échine et de la vapeur se dégageait de sa peau couturée de cicatrices.

La voix éraillée de Karla Wagner, la cuisinière, résonna dans les couloirs et m’arracha à cette vision. C’était l’heure de déjeuner.

A défaut d’être de grande qualité, le petit déjeuner était copieux, avec de grandes tranches de pain moelleux sur lesquelles étaient posées de gouteux morceaux de lards surmontés d’une paire d’œufs légèrement grillés. Après nous être restaurés nous nous rendîmes à l’infirmerie. Celle-ci avait été créée en élargissant un ancien passage attenant au temple de Sigmar du château de Grunewald. Sœur Sonja y officiait. C’était une moniale de Sigmar, une guerrière. Elle portait sur ses poignets les insignes de l’empereur-dieu, le marteau à gauche et la comète à deux queues sur le droit. Une longue cicatrice lui barrait le visage juste sous les yeux. Cette blessure l’avait rendue définitivement aveugle et, ne pouvant plus se battre, elle avait pris la décision d’employer ses talents et sa foi à aider les malheureux.

Il y avait là une demi-douzaine de personnes allongées sur des lits de fortune, certains emmitouflés pour combattre le froid qui les tenaillait, d’autres au contraire presque nus pour enrayer la progression de la fièvre. J’étais troublé par leur état général, leur fatigue et leur difficulté à combattre ce qui ressemblait fort à une infection. Je soulevais le cataplasme que l’un d’entre eux tenait serré sur son flanc pour y découvrir la blessure. L’apparence de celle-ci était horrible. L’estafilade que le pauvre homme s’était infligée en voulant changer une des planches de sa clôture s’était infectée au point de recouvrir son côté d’une longue boursouflure allant de l’aine à l’aisselle. Un filet de sang noirâtre courait tout le long. Les chairs nécrosées, d’une couleur oscillant entre le vert et le rose, en délimitait les bords ouverts. Pour autant que je puisse en juger, l’odeur qui s’en dégageait évoquait celle d’un cadavre en putréfaction.

Je reposais en hâte le bandage et reculait d’un pas en me bouchant le nez avec le creux de mon coude.

De quoi pouvait-il donc s’agir ? A l’évidence, ce n’était pas une simple infection. Le docteur Sieger avait bien veillé à nettoyer les plaies comme il le fallait et faisait changer les emplâtres régulièrement. Parcourant les étagères, je tentais d’en reconnaitre les plantes entreposées dans de petits bocaux de verre. Quelques-unes ne me rappelaient aucun souvenir mais la plupart étaient connues pour leurs capacités médicinales éprouvées. Les victimes, celles qui pouvaient encore parler, n’avaient pas d’indication à nous fournir. Aucune n’avait la même activité. Certaines étaient malades même sans avoir été blessées. Enfin, aucune trace de morsure ou de piqûre n’était visible, excluant la possibilité d’un empoisonnement par un animal ou une plante.

Ensuite nous interrogeâmes les habitants encore valides. Sans plus de succès. La plupart se renfrognaient et prétextaient du travail pour nous éviter.

Après cette infructueuse journée nous décidâmes d’enquêter dans le château. En premier lieu, j’allai à la bibliothèque. Elle était fort bien garnie pour une place fortifiée comme celle-ci. Sous le regard attentif du bibliothécaire, je parcourus les rayonnages chargés de livres. Il y avait peu de poussière et ces derniers étaient bien entretenus. J’en ouvris quelques-uns : Traité d’histoire sigmarite, une sorte d’encyclopédie de la vie de l’empereur-dieu, Tactiques impériales, les Guerres aux cours des âges, deux essais particulièrement complexes sur la tactique et la stratégie militaire, Monarchie kislévite, une tentative un peu désespérée de suivre les lignées malgré les nombreuses circonvolutions généalogique que 1000 ans de combat contre le Chaos avait engendrés, 1001 recettes savoureuses d’Estalie et d’ailleurs, un grimoire illustré que je m’empressais d’empocher discrètement pour compulser plus tard au calme et surtout un petit livre à la couverture pourpre dont le titre m’intrigua particulièrement : Une proposition inquiétante. Je profitais de la distraction offerte par le père Akney tentant de discuter philosophie sigmarite avec Otto pour mettre rapidement l’ouvrage dans mon sac. Prendre un livre n’est pas vraiment du vol. Plutôt un partage de connaissance non soumis à approbation réciproque. De plus, une fois les connaissances acquises, je remets presque toujours les livres en place. Presque. A Nuln, c’est même une discipline reconnue. Il faut savoir que les documentalistes-bibliothécaires de l’université ont décidé de ne plus tenir de registre de retard après avoir constaté que la somme des amendes que devraient rendre les estudiants (et certains professeurs) dépassait de presque cinq fois le budget annuel de l’université.

Le soir arrivait et le diner allait être servi dans quelques minutes. J’en profitais pour aller discuter avec la cuisinière. J’avais passé une partie de mon adolescence à expérimenter toute sorte de produits et ingrédients, et la préparation de mets fins faisait assurément partie de mes compétences. Mme Wagner, un petit bout de femme à la mâchoire prognathe et aux cheveux en bataille, régnait sur ses mirlitons. Son domaine était ses casseroles et ses fourneaux. Malheur à celui qui venait empiéter sur son territoire. J’en fis l’amère constatation lorsqu’après un rapide et froid échange de banalité, elle préféra me jeter dehors sans autre forme de procès.

Après ma mésaventure je flânais ici ou là, laissant trainer mes oreilles et mes yeux en attendant le repas, lorsque je vis sur le sol un morceau de papier plié en deux. Sans doute une note oubliée par le seigneur Aschaffenberg. Il était écrit : « pour le poulet, c’est bon ». Je retournai plusieurs fois la note manuscrite, tentant de voir s’il ne manquait pas quelque chose, mais je ne trouvais rien d’autre. Quelques minutes plus tard j’en informai Camillia et le père Akney, qui semblait déjà tout chamboulé, puis alla m’assoir à la table. Un repas pantagruélique nous attendait. L’entrée était une mousse de canard marinée à l’huile de noix du Reikland saupoudrée de baies brunes hachées finement. Un délice pour le palais et un soulagement de l’âme. On nous proposa deux plats particulièrement copieux. Le poulet en rotissade, fourré à la châtaigne et couvert de son jus était absolument fabuleux. Le papier disait vrai. Repus, je ne pus suivre la fin du repas, et me mis à somnoler tranquillement sur mon siège. Mes compagnons prirent le deuxième plat, un poisson énorme préparé en grilladine, mais rapidement, me voyant fermer l’œil, ils décidèrent de m’emmener dans ma chambre.

Tandis que mon maitre me soulevait par un bras, je sentis le frottement agréable de mon visage sur son épaule, d’une solidité de brique et me laissait aller à une douce torpeur. Je jetais un œil derrière moi et m’aperçus que d’autres était affalés sur la table, dormant dans leur bras, ou carrément dans leur assiettes. A cet instant j’aurais dû me douter de quelque chose. Depuis le début nous avions été trop bien accueillis. Personne ne nous demandait où en était notre enquête. Et cette fatigue était bien trop soudaine pour être honnête. Malgré l’avertissement du mot trouvé par terre, je venais de tomber dans un piège.

Quelques minutes plus tard, je sombrais dans le sommeil.

8 – Une nuit difficile

Mes oreilles bourdonnaient. J’entendais qu’on m’appelait mais je ne savais pas d’où cela pouvait provenir. Mes paupières étaient lourdes. Autour de moi les sons me parvenaient étouffés, comme si mes oreilles étaient bouchées. Puis d’un coup, tout devint clair.

  • Réveilles-toi bordel de saloperie me criait mon maitre. Bouge ton fessier petit, ou tu vas y passer pour sûr !
  • Maman, laisse-moi tranquille, je ne veux pas y aller, murmurai-je, encore endormi.

Mais le père Akney me secouait et me secouait encore, tant et si bien que je m’écroulai au bas de mon lit. Je me levai comme je pouvais. Le monde tanguait autour de moi. La nausée habituelle, signe d’une gueule de bois carabinée, commençait à poindre.

  • Elles sont là bordel ! hurla-t-il en me collant violemment le visage contre la fenêtre.

Alors, dans la nuit baignée d’une lumière lunaire, je les vis. Les monstres que nous avions combattus la veille étaient revenus. Mais ils n’étaient pas une poignée. Cette fois, nous avions à faire à une horde entière. Des dizaines de ces créatures déferlaient par les portes entrouvertes du château. Les cadavres des gardes avaient été projetés contre les murs. Déjà le combat commençait dans la cour.

Mon maitre me mit mon épée dans les mains tout en me poussant dans les escaliers.

  • Vite, nous devons les repousser.

Avais-je vu la même chose que lui ? Alors que nous arrivions sur le perron menant dans la cour, nous fûmes rejoints par le seigneur Aschaffenberg. Il était armé d’une lourde épée à deux mains et avait revêtu un plastron de cuirasse. Quelques gardes étaient présents, le visage décomposé par la peur. Soudain, ce qui restait de la porte d’entrée vola en éclat. Dans les retombées d’échardes et de poussière apparut le plus gigantesque monstre qu’il m’ait été donné de voir. Il était haut comme deux hommes. Le bas de son corps ressemblait à celui d’un humain mais son torse et sa tête était ceux d’un énorme taureau. Son crâne portait deux immenses cornes spiralées luisantes. Il observa la scène un instant puis émit un grognement sourd avant de courir dans notre direction.

Les brumes de mon esprit se dissipèrent instantanément. Voyant que le groupe d’hommes-bêtes passait près des écuries, j’eus une idée. Sans plus réfléchir, je courus dans la direction du bâtiment. J’atteins rapidement la porte et m’y engouffrai. A l’intérieur, les chevaux piaffaient. Leurs yeux roulaient dans leurs orbites. Leurs naseaux écumaient de peur. Ils tiraient sur leur corde sans parvenir à les rompre, ce qui m’aurait arrangé. Mon idée était simple mais complètement folle. Je voulais les libérer et les diriger sur les hommes-bêtes pour provoquer une confusion que nous aurions pu mettre à profit pour les battre. Je n’avais pas pensé que les chevaux pouvaient tout aussi bien se retourner contre nous ! Malheureusement je n’eus pas le temps de réaliser mes projets. Du coin de l’œil, j’aperçus le chef de la meute. Il avait changé de direction et avait décidé de s’occuper personnellement de mon cas. Pris de terreur, je décidais d’aller me cacher sur une plate-forme en hauteur, au-dessus des chevaux. Je grimpais précipitamment l’échelle puis me jetai derrière des caisses au moment où la porte de la grange s’effondrait sous les assauts du monstre. Je me recroquevillai en serrant les dents, tentant de respirer le moins fort possible. Les chevaux faisaient un boucan de tous les diables. Je pensais que leur odeur allait me sauver mais la créature était plus intelligente que cela. N’entendant plus rien, je risquai un coup d’œil hors de ma cachette. Le monstre me tournait le dos et fouillait la paille. Soudain, il poussa un grognement de triomphe et attrapa quelque chose au sol. Horrifié, je vis qu’il s’agissait des deux palefreniers qui avaient essayé de se cacher ! J’entendis les os craquer, je vis le sang couler comme une fontaine tandis que le monstre les fracassait contre les murs comme des poupées de chiffons. Je me retournai dans ma cachette et vis quelque chose briller dans le noir. J’avançai ma main et attrapai un long tube de métal évasé. Je venais de trouver le tromblon du cocher. Et il était chargé.

Retenant mon souffle, je visais soigneusement le dos de la créature qui dévorait les malheureux, puis appuyai sur la détente. La violence du choc me projeta en arrière. La charge de clous frappa le monstre de plein fouet, entaillant sa chair, rougissant la paille de son sang. La créature hurla de douleur puis se retourna vers moi, folle de rage. A l’évidence, cela n’avait pas suffi ! D’un bond, elle attrapa le bord de la plate-forme et commença à se hisser. Son visage et ses poings énormes n’étaient qu’à quelques centimètres de moi. Je pouvais sentir son haleine de souffre. Cherchant une échappatoire mes yeux se posèrent sur une ouverture menant sur le toit. L’énorme main me rata de peu alors que je sautai au travers de la fenêtre. J’eu à peine le temps de reprendre mon équilibre que je vis la tête du monstre juste derrière moi. Ses épaules trop larges ne passaient pas mais il s’y employait quand même à toute force. Chacun de ses coups de boutoir faisait vaciller toute la grange. A plusieurs reprises je tentai de le frapper avec mon épée mais les tuiles glissantes rendaient mes coups imprécis. Voyant qu’il ne pouvait pas m’atteindre, le monstre préféra ressortir de la grange. Après avoir vérifié qu’il était bien parti, je redescendis sur la plate-forme puis rechargeai le tromblon. Dehors, les hommes criaient de plus belle. Après tout ce temps, le seigneur était encore debout ! Empli d’espoir, je fonçai les rejoindre. La plupart des hommes-bêtes avait été tués. Les gardes du seigneur gisaient sur le sol. Le seigneur combattait avec fougue les derniers monstres. Mon attention fut attirée par le chef des hommes-bêtes. Il était debout devant le père Akney inconscient. La jambe du monstre était levée au-dessus de la tête de mon maitre, prête à l’achever. Mon sang ne fit qu’un tour. Instantanément, je levais mon arme et tirait sur l’énorme créature. Le temps sembla se ralentir. Les plombs volèrent vers leur cible. Ils s’enfoncèrent profondément dans la peau du monstre, mordirent les chairs, éclatèrent les os. Son crâne énorme eut l’air d’exploser et répandit son contenu sur le sol. Lentement, comme suspendu par des fils invisibles, le corps de l’homme-bête tomba à genou puis s’effondra. Reprenant mes esprits je courus voir mon maitre. Son corps avait l’air brisé en plusieurs endroits. Sa respiration était sifflante. Le sang coulait de son visage tuméfié. Il était gravement blessé mais il vivait encore.

Autour de moi, les combats s’arrêtaient. Leur chef mort, les créatures préférèrent fuir. Le seigneur mit à profit ce répit pour compter les survivants. Le capitaine Blucher avait survécu presque sans une égratignure. Olver, le maitre des chiens, était lui aussi de la partie. Son bras gauche pendait lamentablement à son côté et un de ses yeux était fermé, mais il souriait. Sur la place, le père Akney reprenait conscience.

  • Ce n’est pas fini, dit Camillia d’une voix sombre. Il y a quelques minutes, j’ai surpris quelques-uns de vos hommes en plein rituel, dans la cave. Les hommes-bêtes n’étaient qu’une diversion.

Comme pour appuyer ses paroles, une lumière verdâtre éclaira la cour du château. La lune du Chaos venait d’apparaitre dans toute sa splendeur.

9 – A la poursuite du mal

Mon maitre se releva, les yeux rougis par la rage. D’une main, il se tenait le flanc, de l’autre sa hache. Mu par son incroyable volonté, il se dirigea en vacillant vers la porte menant à l’intérieur du château.

  • Le passage est dans la chambre du majordome, dit Camillia rapidement. Y’a cinq personnes en robes de cérémonie. Sont devant un bouquin et un tapis avec un gros œil jaune qui veut sortir tout seul.
  • L’œil du Chaos, grogna le père Akney. Il veut nous rejoindre.
  • Comment ça ? demandai-je, la voix tremblante.
  • Il y a certaines choses qui devraient rester à leur place, petit. Mais ça, le Chaos il comprend pas bien. Alors il se sert des gens pour venir chez nous. Il leur promet du pouvoir. Il leur met des idées dans la tête. De drôles d’idées.
  • Des idées ?
  • Et ces idées tu vois, elles peuvent tout te chambouler la tête. Après tu sais plus bien qu’est-ce qu’est bien et qu’est-ce qu’est pas bien, tu vois ?
  • Mais les idées, ce ne sont que des idées ! m’exclamais-je.
  • Les idées c’est ce qu’il y a de pire. Elles détruisent des empires bien plus surement qu’une armée. En attendant, je crois bien qu’on va se taper une autre bataille.

Nous arrivâmes près de la chambre du majordome. L’armoire du fond avait été déplacée et une volée de marches descendait dans le noir depuis l’ouverture qui se trouvait dans le mur.

Le seigneur Aschaffenberg ouvrit la marche suivi du capitaine et du père Akney encore vacillant. Quelques instants plus tard, nous pénétrâmes dans une grande cave voutée. Quelques braseros finissaient de bruler aux coins d’un signe étrange peint en rouge sur le sol. Une étoile à huit branches. Il n’y avait personne. Le tapis et le livre que Camillia avait décrits n’étaient pas là. Au fond de la pièce se trouvait une autre ouverture que nous empruntâmes rapidement. Un nouvel escalier de pierre montait le long des murs du château jusqu’à un palier étroit et une grosse porte. Fou de rage, le seigneur l’ouvrit d’un coup de pied et découvrit qu’elle menait directement sur le toit du château.

A une douzaines de mètres de nous se tenait une congrégation hétéroclite. Il y avait le bon docteur Sieger, Karla Wagner la cuisinière, et deux autres personnes que je ne reconnus pas. Ils étaient habillés de longues robes de cérémonie pourpres aux coutures d’or. Derrière eux se tenait le majordome. Il portait un grand livre ouvert et psalmodiait des incantations inintelligibles. Le tapis avait été posé sur le sol et semblait bouger de lui-même. L’œil qui y avait été brodé grandissait démesurément, s’étirant d’une manière obscène. Morslieb était pleine et éclairait la scène d’une lumière spectrale.

  • Eh bien vous voilà enfin, fit le majordome en refermant le livre avant de le jeter comme un papier gras. Malheureusement vous arrivez trop tard. Le rituel est terminé. Dans quelques instants vous pourrez contempler la splendeur de mon maitre.

Le père Akney et le seigneur Aschaffenberg ne lui laissèrent pas le loisir de continuer son monologue. Ils foncèrent dans le tas, l’arme au poing. Camilla décocha un carreau d’arbalète sur un des cultistes qui s’effondra, les mains crispées sur la poitrine. Je vis le capitaine de la garde et le maitre-chien me dépasser à leur tour pour aller ferrailler. Le toit devint très rapidement confus. La bataille faisait rage, chacun tentant de déséquilibrer son adversaire pour le faire tomber du bord. L’un des cultistes en fit les frais et s’écrasa quelques dizaines de mètres plus bas dans un bruis d’os brisés. Mon maitre combattait avec l’énergie du désespoir, balançant son arme dans tous les sens, avec conviction mais peu d’efficacité. Le seigneur Aschaffenberg faisait des moulinets, embrochant ses anciens subalternes sans hésitation. Pendant ce temps, je cherchai une solution au véritable problème. Sous la lumière de la lune, l’œil du Chaos prenait forme humaine. De longs appendices tentaculaires sortaient sporadiquement du monticule de chair apparaissant sur le tapis. Je voyais l’air vibrer. Au travers des univers, par-delà les dimensions, des silhouettes se frayaient un passage vers notre monde. Puis vint l’illumination. Le rituel était peut-être terminé mais le passage n’était pas encore ouvert. Je levais la tête et regardait Camillia. D’un regard nous comprîmes ce que nous devions faire. C’était le moment ou jamais. Nous nous jetâmes simultanément sur le tapis pour en attraper chacun un coin. Il était bien plus lourd qu’il n’y paraissait. Des dizaines d’images abominables jaillissaient dans ma tête, des rafales de visions cauchemardesques m’assaillaient tandis que je me concentrais sur ce que je devais faire. Le visage de mon grand-père m’apparut. Je ne pouvais pas le décevoir. Je devais y arriver. Les larmes aux yeux, je tirais sur le tapis-portail à m’en décrocher les bras. Camillia et moi finîmes par le retourner, empêchant l’œil du Chaos de recevoir la lumière de Morslieb.

10 – Extinction

Assis sur le toit, mon regard se perdait dans les montagnes qui se découpaient au loin. Derrière moi résonnaient les râles d’agonie des cultistes abattus. Je passai ma pipe à Camillia qui en tira une bouffée avant de souffler un long jet de fumée bleutée.

  • Vous croyez que c’est terminé ? demandais-je, le regard fixé sur l’horizon.
  • On vient de gagner une bataille, me répondit-elle fatiguée. C’est tout. Il faudra s’en contenter. Viens, il faut nettoyer maintenant.

Les cadavres des cultistes s’entassaient sur le toit. Un nuage passait devant Morslieb dont la lumière avait finalement disparue. Adossé contre un muret, le père Akney se reposait. Le seigneur Aschaffenberg était accroupi près du majordome, mais le chef des cultistes était déjà mort. Il fallait que je sache ce qui s’était passé, comment un groupe de gens à priori sans histoires avait pu tenter de commettre une telle folie. Quelles abjectes pensées avaient pu leur traverser l’esprit.

Je m’approchais du livre que le majordome avait jeté à terre et l’ouvrit à une page au hasard. Il y avait des lignes d’une écriture en pattes de mouche dans une langue que je ne comprenais pas et des dessins de créatures inconnues apparaissaient un peu partout. Les marges étaient griffonnées d’annotations incompréhensibles écrites d’une main fébrile. Soudain mon livre tomba au sol. Le regard du père Akney était un mélange de rage et de pitié.

  • Lâche ce livre petit, rugit-il. Tu ne sais pas ce que tu fais, tu n’as rien retenu de ce que je t’ai dit.
  • Mais.. bredouillais-je. Nous devons savoir ! Ce n’est qu’un livre, un simple livre ! Les livres ne peuvent nous faire du mal !
  • Tais-toi ! Tu ne sais pas de quoi tu parles. Il hurlait, comme possédé. Sa bouche écumait. J’ai vu les dégâts que peuvent faire les livres ! Tu crois que tu es le premier à imaginer pouvoir comprendre ? A penser que le Chaos peut se domestiquer, qu’on peut lui donner des ordres ?

Je ne savais que répondre. J’étais terrifié. Je savais que j’avais raison mais la folie dans ses yeux me fit taire. Il continuait de hurler sous les regards étonnés des hommes du château.

  • Non, pas cette fois. Je ne referai pas la même erreur avec toi.
  • Je vous en supplie maitre, fis-je d’une voix blanche. Le marteau de Sigmar est puissant mais il est inutile s’il ne sait pas où frapper. Les livres ne sont que des outils, des armes que l’on peut utiliser dans notre combat.
  • Cela suffit, jeune prétentieux ! J’ai pris ma décision !

Son visage n’était qu’à quelques centimètres du mien. Je pouvais voir ses dents brisées et ses yeux injectés de sang. Une main se posa sur son épaule.

  • Père Akney, vous avez raison, murmura Camillia. Nous allons brûler ce livre comme il se doit. Le Chaos ne doit pas nous infecter.

Joignant le geste à la parole, Camillia prit le livre en l’enserrant dans un vêtement, comme s’il s’était agi d’un plat qui sortait du four, et le jeta dans le brasier qui avait été constitué pour les cadavres et dans lequel brulait déjà le tapis maudit.

Ce jour-là, quelque chose s’était brisé en moi. Je compris que nous étions fondamentalement différents. Que la folie s’était emparée de l’esprit de mon maitre et que son jugement était devenu flou. Il fallait que je reste à son côté. Je devais l’aider comme il m’avait aidé. Sans le savoir, nous venions de faire un pacte. Il sauverait mon corps, je sauverais son âme.

Quelques jours plus tard, nous reprîmes la route en compagnie du cocher du seigneur Aschaffenberg.

Camillia comptait l’or que nous avions reçu en récompense. Mon maitre se reposait dans la carriole, grognant et balbutiant dans un demi-sommeil agité, le corps couvert de bandages. Je repensais à notre affaire. Des employés corrompus, cherchant toujours plus de pouvoir dans l’occultisme et l’étude de l’ancienne magie, volant l’énergie vitale de ceux qui les entourait et leur faisait confiance, tout ça pour quoi ? Le retour de dieux très anciens ? Une parcelle d‘énergie divine ? J’avais du mal à imaginer comment on pouvait si facilement échanger son âme.

Chassant ces mauvaises pensées, je me saisis du petit livre qui se trouvait dans ma sacoche. Et tout en jetant des regards furtifs vers le père Akney, je me mis à lire les premières pages d’Une proposition inquiétante.

Fin

Les mémoires d’un estudiant botanica Vol.1 – #2

4 – Un travail de tout repos

MaisonLa chaleur nous enveloppa instantanément alors que se referma derrière nous la lourde porte de bois. La pièce principale était éclairée de multiples lampes fixées au mur. Un grand escalier de bois montait d’un coin de la pièce vers les étages et finissait sur un palier barré d’une longue rambarde. Des sièges avaient été disposés derrière cette rampe pour permettre aux clients des étages d’apprécier les spectacles prenant place sur une petite scène près de l’immense âtre. Un énorme cochon rôtissait doucement à la chaleur d’un feu crépitant, projetant de petites flammèches chaque fois qu’une goutte de graisse tombait en grésillant. Une odeur suave s’en dégageait, provoquant de douloureuse contractions dans nos ventres affamés.

Quelques minutes plus tard, la serveuse apparut. Elle était grande. De ses vêtements sans doute trop serrés jaillissait une anatomie avantageuse, comme si ses formes plantureuses ne demandaient qu’à s’exprimer. Elle portait un tablier blanc sur une robe jaune poussin. Ses nattes brunes volaient derrière elle alors qu’elle virevoltait entre les tables pleines de clients. Une maitresse femme, assurément pensais-je avant d’être sévèrement rabroué par le père Akney qui trouvait que je m’attardais un peu trop.

Elle nous trouva rapidement de la place et nous apporta de quoi boire, une bière à la mousse épaisse et grasse et un plat de ragout de porc ainsi qu’une grosse miche de pain frais. Malgré la simplicité de la nourriture, nous mangeâmes de bon cœur. C’est enfin rassasiés que nous prîmes le temps de lever le nez de nos assiettes. Sur le mur le plus proche de la porte d’entrée était appuyé un grand tableau de bois sur lequel étaient clouées des annonces. L’une d’elle attira mon attention. Un homme cherchait à recruter des enquêteurs pour se renseigner sur un fait mystérieux : des soldats tombaient malades et restaient ainsi quel que soit les traitements qu’on pouvait leur administrer. Pensant mettre mes compétences dans les plantes médicinales à profit, en les exagérant un peu au besoin, j’arrachai le papier avant de me mettre en quête du donneur d’ordre qui devait normalement, c’était inscrit sur l’annonce, se trouver dans les parages.

Ma recherche fut de courte durée : une silhouette encapuchonnée venait de lever le bras.

Des quelques histoires d’aventures que j’avais lues adolescent, allongé au côté de mon précepteur, j’avais retenu plusieurs faits intéressants.

1 – Une mission n’est jamais aussi simple que son énoncé le laisse entendre.
2 – Méfie-toi toujours de ton employeur, surtout (et c’était là une merveilleuse constante) s’il a l’air mystérieux.

Je n’ai jamais vraiment compris pourquoi tous les employeurs cherchaient à se faire discrets, revêtaient systématiquement une vieille cape à capuche, ou se cachaient dans l’ombre. Il me semble que si j’étais à leur place je chercherais plutôt à mettre mes interlocuteurs en confiance, d’une manière à pouvoir négocier au mieux par la suite, peut-être autour d’un verre de vin ou d’une pipe d’herbe à chanter, que sais-je.

L’entrevue se passa comme je l’avais imaginé.

L’homme disait s’appeler Vern Hendrick. Il travaillait pour le compte du seigneur Richard Aschaffenberg dont la demeure était située à quelques heures de carrioles de là, sur une colline, plutôt une sorte de pic, battue par les vents. Ce nom me rappela un des cours d’histoire politique que mon précepteur aimait particulièrement. La famille Aschaffenberg était connue, puissante, et respectée dans tout le Reikland. Le seigneur venait de recevoir le château Grunewald en dotation, suite à son mariage avec la fille Von Brunner, une autre famille noble régnant sur un territoire immense comprenant une partie du Reikwald, l’immense forêt couvrant la région, et le Reik, le fleuve traversant cette zone.

Son problème était simple. La plupart des gens du château tombait malade mystérieusement. Certains portaient des blessures, de simples estafilades reçues pendant une chasse ou une garde un peu mouvementée, ou simplement en entrainant les chiens. Ces blessures ne guérissaient pas. Elles restaient ouvertes et suppuraient continuellement, provoquant douleurs et fièvres. Selon lui, quelque chose ou quelqu’un se cachait derrière cela et malheureusement, il ne disposait plus d’aucun personnel valide pour l’aider dans sa tâche.

Camillia négocia rapidement le tarif, plutôt élevé finalement eu égard à notre faible expérience et nous acceptâmes avec joie notre premier service commandé.

Dans la soirée, aidés du cocher de notre nouvel ami, nous mîmes en ordre nos affaires sur la carriole et partîmes en direction du château.

5 – Un voyage mouvementé

Le voyage fut épuisant, encore plus que si nous avions marché tout le long du chemin. La route était défoncée, parsemée de nids de poules, de caillasses et de bosses traitres. La carriole tenait bon malgré les grincements inquiétants des roues et les craquements de l’armature. Les deux chevaux tiraient facilement l’équipage qui ne portait ni bagages ni armures lourdes. A plusieurs reprises il nous fallut nous arrêter pour vérifier l’état du véhicule et faire le point sur notre position mais notre hôte savait où il allait.

LunesMannslieb, la lune jaune, éclairait notre chemin tandis Morslieb, la lune du Chaos, baignait les alentours d’une lumière glauque, effrayante.  Le château était installé sur une hauteur à l’orée d’un bois. Alors que nous approchions de la fin de notre périple, et que nous traversions les derniers mètres de forêt nous séparant de l’entrée du château, un hululement sinistre se fit entendre.

La carriole s’immobilisa devant les hautes murailles. Je commençais à comprendre que l’architecture de la région semblait privilégier les ouvrages défensifs et la pierre épaisse. Le faîte du château se découpait dans la nuit étoilée et nuageuse. Tout aussi romantique que puisse être cette vue, elle fut brutalement interrompue par une série de grognements bestiaux.

A ce moment j’étais juché sur le toit de la carriole, en train de défaire les maigres bagages de notre hôte. Frissonnant, je levais la tête et cherchais du regard l’animal capable de proférer de tels sons. Je ne fus que modérément surpris d’apercevoir une demi-douzaine de monstres, à l’allure et au faciès identique à ceux rencontrés dans notre village. Jamais je n’avais cru possible de voir une telle bestialité. Ces hideuses créatures était telles des chimères, des mélanges impossibles de bêtes et d’hommes. Certains se tenaient sur leurs jambes atrocement arquées et arboraient des têtes de boucs contrefaites, des museaux allongés de loups ou de chiens, d’autres possédaient des membres bien trop longs pour leurs corps, laissant trainer leurs mains sur le sol ou se frappaient la poitrine comme les animaux exotiques poilus rencontrés parfois sur la place des marchés lointains de Nuln. Mais cette fois aucun barreau de métal, aucune cage de bois épais ne les séparaient de nous. Poussant des cris gutturaux, des vibrations graves provenant de gorges inhumaines, ils attaquèrent.

Pris de rage, je criais à mon tour. Pour une fois, je n’étais pas effrayé. Une nouvelle détermination montait en moi. La haine s’emparait de mon esprit. Je voulais leur faire du mal, je voulais les tuer, faire entrer mon épée dans leurs entrailles, fouiller leurs chairs et me recouvrir de leur sang poisseux. Jamais je n’avais ressenti cela auparavant. Je n’ai jamais eu pour habitude de faire usage de violence, et surtout d’en tirer du plaisir. Il faut croire que j’avais changé.

Mon maitre se saisit de sa hache et d’un geste puissant l’abattit sur le crâne du premier monstre qui éclata comme un fruit trop mûr. Il se retourna et en frappa un autre, lui entaillant profondément la poitrine. Camillia dégaina à son tour pour recevoir la charge d’un troisième et l’empala jusqu’à la garde, coinçant son arme dans les tripes chaudes de son adversaire. Une odeur abominable s’échappa de son abdomen ouvert. Le sang jaillit en cascade, projetant de copieuses giclées aux alentours. Dans la confusion je vis le visage de mon maitre couvert du liquide carmin, la bouche déformée par les cris et les prières qu’il adressait aux dieux. Pris de frénésie à mon tour, je frappais du haut de mon abri les crânes des hommes-bêtes qui tentaient de venir me déloger. Mon épée perça l’œil de l’un d’entre eux, rentra complètement dans son crâne et ressorti à l’arrière avec un bruit de succion écœurant. Je venais de tuer pour la première fois. Je fus pris de vertige mais me forçait à rester debout. Mes oreilles bourdonnaient, mon cœur battait à tout rompre, mes yeux étaient collants, couverts de morceaux de cervelles échappés du crâne ouvert de mon adversaire. Je me nettoyais le visage avec mes manches, aussi sales que le reste de mes vêtements et m’aperçus que le combat se terminait. Les grilles du château venaient de s’ouvrir et les soldats nous faisaient signe d’entrer en agitant vigoureusement les bras vers nous. Il me semble, mais je ne suis plus très sûr de moi, qu’aucun d’entre eux ne soit venu nous aider et que les grilles n’aient commencé à se lever qu’après que la dernière des créatures se fut tue à tout jamais.

Nous entrâmes en hâte alors que d’autres cris se firent entendre en provenance de la forêt.

6 – Un accueil chaleureux

Nous fûmes immédiatement accueillis par le maitre de ces lieux, le seigneur Aschaffenberg, un homme massif, dans la force de l’âge, aux mains énormes et aux bras musclés. Il portait une barbe noire sur un visage expressif. Ses yeux bleus brillaient d’intelligence. D’un premier abord il paraissait bourruChateau mais je compris rapidement qu’il ne s’agissait que d’une façade. Avant d’être le dernier enfant d’une lignée millénaire, le seigneur était un véritable guerrier. Il avait servi en tant qu’officier dans les armées de l’empereur à Altdorf et avait combattu le Chaos sur le front Norsc alors que je n’étais encore qu’un enfant.

Il nous serra la main d’une poigne virile et nous présenta à l’ensemble des autres habitants. Nous commençâmes avec Grégor Piersson, le majordome. C’était un homme charismatique, de haute taille et fin comme une brindille. Son regard pénétrant me renvoyait d’étranges pensées et était difficile à soutenir. Il y avait aussi le docteur Stéfan Sieger, qui avec sa barbe poivre et sel, ses lorgnons ronds et son léger embonpoint affichait perpétuellement un air de bonhommie le rendant fort sympathique. Nous fîmes ensuite la connaissance de Korden Kurgannsson, le forgeron nain. Evidemment. C’était la première fois que je voyais un membre de cette race mais mon grand-père m’en avait déjà longuement parlé. Il parait que pour un humain, tous les nains se ressemblent. De petite taille il compensait par une musculature hors norme et un regard mauvais. Le capitaine Anders Blucher était le chef des gardes et à ce titre portait constamment sa cotte de maille défraichie et une épée longue dans un fourreau de cuir dont une lanière menaçait de rompre à tout instant. Il affichait un air préoccupé et je sentais dans son attitude que son travail était chargé et qu’il s’en faisait pour ses hommes blessés. Enfin Olver Gand s’occupait du chenil et des cinq chiens de chasse, de massifs molosses à la peau noire et aux dents aiguisées. Ses mains étaient entourées de bandages sales et il manquait une bonne moitié de son oreille gauche.

Nous n’avions que très peu d’affaires à dépaqueter, ce qui nous permit de nous installer rapidement dans les chambres qui furent mises à notre disposition. Camillia avait sa propre pièce tandis que le père Akney et moi-même partagions la nôtre. Les lits étaient frais et confortables et le ménage avait été fait récemment. Une des fenêtres avait un carreau fendu et laissait de temps en temps le vent passer au travers ce qui provoquait une sorte de sifflement plaintif un peu désagréable. Malgré cela, je considérais que nous aurions pu être plus mal logés.